KT Tunstall célèbre aujourd’hui les 8 ans de WAX, un album enregistré à Londres en seulement trois semaines. Avec Nick McCarthy, ancien guitariste de Franz Ferdinand, l’Écossaise voulait préserver une énergie viscérale, loin d’une production trop lisse.
Au moment de préparer WAX, KT Tunstall sait précisément ce qu’elle ne veut pas : un disque dont la production effacerait les aspérités. Elle cherche au contraire quelque chose de brut, proche dans son esprit d’un album de garage. Pour y parvenir, elle se tourne vers Nick McCarthy, ancien guitariste de Franz Ferdinand, avec lequel elle va construire un projet rapide, direct et largement nourri par le travail collectif.
Publié le 5 octobre 2018, WAX est le sixième album studio de la chanteuse et le deuxième volet de la trilogie ouverte deux ans plus tôt avec KIN. Là où le premier chapitre était associé à l’esprit, celui-ci devait représenter le corps. Cette idée donne au disque son point de départ : Tunstall veut une création viscérale, qui repose autant sur l’élan des musiciens que sur les chansons elles-mêmes.
L’album entier est enregistré en trois semaines. Les séances se répartissent entre le studio de Nick McCarthy, dans l’est de Londres, et celui de MyRiot, dans l’ouest de la capitale britannique. Le choix de jouer en prise live permet de conserver l’interaction entre les musiciens au cœur des enregistrements, conformément à la direction recherchée par Tunstall.
McCarthy n’est pas seulement chargé de traduire une intention sonore. Il devient aussi un partenaire d’écriture important. KT Tunstall le présente comme un coauteur capable de participer à la naissance de chansons qui restent pourtant aussi personnelles à ses yeux que celles écrites seule. Cette confiance élargit la place de la composition à plusieurs, sans lui donner le sentiment de perdre le lien intime avec ses morceaux.
La brièveté des séances ne réduit donc pas WAX à un album assemblé dans l’urgence. Elle accompagne une méthode fondée sur des décisions immédiates : reconnaître une bonne idée lorsqu’elle surgit, la préserver et bâtir autour d’elle avant qu’elle ne soit transformée par un travail excessif. L’histoire de The Mountain en offre l’exemple le plus précis.
The Mountain commence par un bricolage rythmique de Sebastian Kellig, auquel Nick McCarthy ajoute un grave tenu sur un clavier Electone Yamaha. En entendant cette combinaison, KT Tunstall arrête immédiatement ses partenaires : « Don’t change anything… keep that. » Le motif n’est pas retravaillé pour devenir le point de départ d’une chanson ; c’est la chanson qui va se construire autour de lui.
Tunstall écrit alors les paroles en une trentaine de minutes. Elle décrit The Mountain comme une chanson méditative consacrée au fait de quitter la ville pour gagner les hauteurs. Sa naissance résume la logique des séances de WAX : une proposition rythmique, un son de clavier maintenu sans retouche, puis une écriture suffisamment rapide pour conserver l’impulsion initiale.
Cette façon de travailler correspond au rôle que Tunstall attribue au corps dans sa trilogie. Sur ce deuxième volet, la fabrication passe par la réaction physique et immédiate à ce qui se produit dans la pièce. Le disque ne repose ainsi pas seulement sur un concept annoncé en amont : celui-ci trouve une traduction concrète dans la manière dont les musiciens enregistrent et décident ensemble.
Une autre histoire de studio naît d’un élément encore plus modeste : le nom d’un dossier de travail. Nick McCarthy y avait enregistré des accords composés le soir de la mort de David Bowie et l’avait intitulé The Night That Bowie Died. Lorsqu’il propose ensuite de modifier ce nom provisoire, KT Tunstall préfère le conserver.
Le titre devient celui de la chanson définitive, dont l’écriture se rattache au deuil collectif provoqué par la disparition de Bowie, mais aussi aux pertes personnelles. Ce qui aurait pu rester une simple indication destinée à classer une ébauche donne ainsi au morceau son cadre. Comme pour The Mountain, Tunstall choisit de ne pas effacer l’origine accidentelle de l’idée : elle en fait un élément central.
À sa sortie, WAX atteint la 14e place du classement britannique des albums. Sa réception critique est globalement favorable, avec une moyenne de 75 sur 100 sur Metacritic. Ces résultats accompagnent un disque conçu selon des règles volontairement resserrées : trois semaines de travail, des prises live et un producteur choisi pour ne pas adoucir la direction voulue.
Huit ans plus tard, les deux scènes les plus parlantes de WAX restent celles de décisions prises sans détour : demander que personne ne touche au motif qui deviendra The Mountain, puis refuser d’abandonner le nom de fichier The Night That Bowie Died. L’album, également diffusé sur RADIO COLLECTION, conserve ainsi la trace de ces idées saisies avant qu’elles ne soient polies.
L’interview de KT Tunstall publiée par SongwriterUniverse raconte en détail la naissance de The Mountain et la réaction de la chanteuse au motif créé en studio. Dans Performer Magazine, elle revient sur les prises live, sa recherche d’un son brut et l’origine de The Night That Bowie Died. Son entretien avec Substream Magazine éclaire enfin la place de WAX dans sa trilogie et les trois semaines consacrées à l’enregistrement.
À lire aussi : retrouvez notre sélection consacrée aux anniversaires d’albums Pop Rock.