16 octobre 2026
Nothing But Thieves fête aujourd’hui les 11 ans de son premier album éponyme. Pour préserver sa liberté, le groupe britannique s’était installé dans un studio résidentiel, entouré de producteurs qui connaissaient déjà son identité et avec une méthode d’écriture souvent guidée par la basse et la batterie.
Pour enregistrer son premier album, Nothing But Thieves ne voulait pas surveiller l’horloge. Le quintette de Southend-on-Sea a donc suivi une recommandation de son producteur Julian Emery et rejoint Angelic Studios, un studio résidentiel offrant une liberté difficile à trouver dans les structures londoniennes soumises à des horaires plus stricts. Les musiciens pouvaient y travailler à toute heure, prolonger une idée et reprendre un morceau sans attendre le créneau suivant.
Ce cadre convenait particulièrement à Joe Langridge-Brown et Dominic Craik. Le guitariste racontait même qu’ils pouvaient se montrer paradoxalement très créatifs après des nuits courtes ou arrosées. L’anecdote ne résume pas les séances, mais elle éclaire le choix essentiel effectué par le groupe : pour son premier disque, le temps de création ne devait pas être entièrement dicté par le fonctionnement d’un studio traditionnel.
Des producteurs choisis pour ne pas changer le groupe
Nothing But Thieves avait déjà travaillé avec Julian Emery et Jim Irvin sur son premier EP. Au moment de passer au format album, les musiciens ont décidé de conserver cette équipe pour une raison précise : les deux producteurs comprenaient leur identité et ne cherchaient pas à les remodeler. Pour un jeune groupe confronté à l’étape déterminante du premier album, cette continuité permettait de développer les chansons sans repartir avec une nouvelle direction imposée de l’extérieur.
L’enregistrement principal s’est concentré sur une première session de trois ou quatre semaines. Deux morceaux supplémentaires ont ensuite été terminés, tandis que l’ensemble était peaufiné au cours de l’année. Cette organisation reflète la double nature du projet : une période de studio resserrée, mais des chansons dont certaines avaient déjà connu de longues transformations avant d’atteindre leur forme définitive.
Le groupe refusait surtout l’idée de reproduire dix fois la même chanson. Cette diversité revendiquée n’était pas fondée sur l’accumulation de démonstrations instrumentales. Malgré la présence de deux guitaristes, les parties de guitare devaient servir les arrangements plutôt que devenir une fin en soi. Le premier album s’est ainsi construit autour de choix adaptés à chaque morceau, sans formule unique appliquée à toute la liste.
« Trip Switch » commence par le mouvement rythmique
La méthode employée pour « Trip Switch » montre comment Nothing But Thieves pouvait renverser les habitudes attendues d’un groupe de rock. Joe Langridge-Brown expliquait : « We often start with the bass and drums. » La basse et la batterie constituaient donc fréquemment le point de départ, avant l’arrivée des autres éléments.
Dominic Craik associait directement « Trip Switch » à cette approche. Le morceau a d’abord été bâti sur son impulsion rythmique, puis complété et transformé au fil des ajouts. Les guitares n’étaient pas automatiquement chargées de lancer l’écriture : elles intervenaient dans une construction déjà mise en mouvement par le groove. Ce processus donne un exemple concret de la liberté que le groupe souhaitait protéger en retrouvant Emery et Irvin.
Cette manière de composer permet également de comprendre pourquoi les cinq musiciens tenaient à ne pas enfermer l’album dans un seul moule. L’identité collective ne passait pas par un instrument toujours placé au premier plan, mais par la possibilité de changer de point de départ selon les besoins d’une chanson. Nothing But Thieves, comme son album, trouve aussi sa place dans la programmation de RADIO COLLECTION.
« If I Get High », l’exception écrite d’un seul élan
À l’autre extrémité du processus se trouve « If I Get High ». Dominic Craik distinguait cette chanson des morceaux conservés et retravaillés pendant des années : elle a été écrite d’un seul élan. Au milieu d’un disque nourri par la maturation, les reprises et les transformations successives, cette composition spontanée représente une exception nette.
Le contraste entre « If I Get High » et les titres longuement façonnés raconte mieux l’album qu’une simple chronologie des séances. Nothing But Thieves pouvait laisser une idée évoluer sur une longue période, mais aussi reconnaître qu’une chanson était arrivée immédiatement à destination. La cohérence du disque ne venait donc pas d’une méthode identique répétée morceau après morceau, mais de la réunion de processus parfois opposés.
Lorsque l’album paraît au Royaume-Uni en octobre 2015, le groupe bénéficie déjà d’une exposition croissante. « Itch » est diffusé, les festivals se multiplient et Nothing But Thieves a assuré des premières parties pour Muse, Arcade Fire, Awolnation et Gerard Way. Le disque transforme cette progression en résultat mesurable : il atteint la 7e place du classement britannique des albums et prend la tête du classement vinyle.
Onze ans plus tard, ce premier album reste ainsi associé à trois décisions fondatrices : conserver des producteurs qui respectaient l’identité du groupe, choisir un lieu où les horaires ne bridaient pas les séances et laisser chaque morceau imposer sa propre méthode. Entre l’élan immédiat de « If I Get High » et la base rythmique de « Trip Switch », Nothing But Thieves avait trouvé son unité sans renoncer aux différences qu’il voulait préserver.
Sources et pour aller plus loin
L’interview de Joe Langridge-Brown publiée par MusicRadar revient sur le choix d’Angelic Studios, la liberté offerte par ce lieu et la décision de poursuivre avec Julian Emery et Jim Irvin. L’interview de Nothing But Thieves par Stars Are Underground apporte le récit des sessions et le contraste entre « If I Get High » et les chansons mûries pendant plusieurs années.
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