21 octobre 2026
Il y a dix ans aujourd’hui, The Pretty Reckless publiait Who You Selling For, un album construit en réaction aux enregistrements trop lisses. Avec le producteur Kato Khandwala, le groupe a privilégié les prises vivantes, les arrangements développés en studio et les accidents capables de transformer une chanson.
Un souffle d’ampli, un bruit de pédale ou une légère erreur auraient pu disparaître au mixage. Sur Who You Selling For, ils deviennent au contraire les traces audibles d’une méthode. Pour son troisième album studio, The Pretty Reckless ne cherche pas à effacer tout ce qui rappelle la présence de musiciens dans une pièce. Le groupe veut préserver cet « élément humain » évoqué par Taylor Momsen et Ben Phillips au moment de la sortie du disque.
Cette décision ne se limite pas à une déclaration d’intention. Elle influence la manière d’écrire, de jouer et d’arranger les morceaux. Tous sont crédités à Taylor Momsen et Ben Phillips, tandis que Kato Khandwala, collaborateur de longue date du groupe, reprend la production. Ensemble, ils privilégient l’expérimentation et acceptent qu’une chanson puisse encore changer de forme pendant son enregistrement.
Des chansons encore ouvertes au moment d’enregistrer
Le batteur Jamie Perkins décrit un processus dans lequel les arrangements se construisent souvent directement en studio. Le groupe part de versions acoustiques, puis cherche collectivement ce que chaque morceau peut devenir. L’enregistrement n’intervient donc pas toujours après une longue phase de fixation : il participe lui-même à l’écriture de la version définitive.
Cette approche laisse une place importante aux premières réactions et aux idées apparues sur le moment. Elle suppose aussi de ne pas corriger systématiquement les prises pour les faire entrer dans une régularité parfaite. Perkins résume ce parti pris par une phrase très concrète : « We wanted to leave in all of the amp hiss. » Le souffle des amplis, comme certains bruits de pédale, reste ainsi dans le paysage de l’album.
Le choix est moins celui de l’imperfection recherchée que celui d’une performance qui ne serait pas démontée puis reconstruite morceau par morceau. Certaines erreurs sont conservées lorsqu’elles appartiennent à une prise jugée convaincante. La production ne sert plus seulement à nettoyer : elle protège aussi ce qui s’est réellement passé pendant que le groupe jouait.
Back to the River, sans métronome ni tempo figé
Back to the River offre l’exemple le plus direct de cette méthode. Le morceau est enregistré avec les musiciens réunis dans la même pièce, sans métronome. Les changements de tempo ne sont pas ensuite rectifiés pour imposer une pulsation uniforme : ils restent intégrés à la prise.
Cette séance illustre le fonctionnement collectif décrit par Jamie Perkins. Plutôt que d’enregistrer séparément des éléments destinés à être assemblés, The Pretty Reckless joue en groupe et laisse l’interaction guider la chanson. Le tempo peut alors bouger avec la performance, sans être ramené artificiellement à une grille.
The Devil’s Back pousse cette logique encore plus loin. À l’origine, le morceau devait durer environ deux minutes. Une session réunissant plusieurs musiciens se transforme cependant en jam, et le projet initial est débordé par ce qui se produit dans la pièce. Le groupe conserve finalement une version de sept minutes, enregistrée en une seule prise et non fabriquée par le montage de plusieurs sections.
Ce passage de deux à sept minutes raconte à lui seul la liberté accordée aux séances. Une structure prévue n’est pas considérée comme intangible lorsque le jeu collectif ouvre une autre voie. L’accident heureux n’est pas ramené au plan de départ : il devient le morceau.
Trois jours pour répondre à la disparition de David Bowie
Une autre chanson naît dans des circonstances très différentes. Taylor Momsen explique que Mad Love a été écrit et enregistré en trois jours, immédiatement après la mort de David Bowie. Elle présente le titre comme un hommage personnel au chanteur. La rapidité du processus donne ici une autre dimension à la volonté de ne pas surtravailler les prises : la chanson est créée dans un moment précis, puis enregistrée presque aussitôt.
Take Me Down inscrit pour sa part l’album dans la trajectoire commerciale du groupe. Le titre devient le quatrième single consécutif de The Pretty Reckless à atteindre la première place du classement Billboard Mainstream Rock. Ce résultat prolonge une série alors historique pour la formation, sans remettre en cause la méthode volontairement organique adoptée en studio.
Dix ans après sa parution, Who You Selling For reste ainsi associé à des décisions particulièrement concrètes : jouer ensemble, renoncer au métronome lorsque la chanson le demande, garder le souffle des amplis et laisser une jam multiplier par plus de trois la durée prévue d’un morceau. L’album, comme The Pretty Reckless, figure également dans la programmation de RADIO COLLECTION. Son histoire tient finalement dans cette confiance accordée à la prise qui vit, même lorsqu’elle ne respecte plus le plan initial.
Sources et pour aller plus loin
L’interview de Jamie Perkins publiée par Modern Drummer détaille la construction des arrangements en studio, la conservation des imperfections et l’enregistrement sans métronome de Back to the River.
L’entretien de Taylor Momsen accordé à Loudwire revient notamment sur la création très rapide de Mad Love après la disparition de David Bowie.
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