18 octobre 2026
Le deuxième album de 78 Saab fête aujourd’hui ses 22 ans. Après deux années d’écriture, de réécritures et de démos, le groupe australien a trouvé avec No Illusions le modèle d’un disque volontairement direct et resserré.
Avant No Illusions, 78 Saab disposait de chansons. Après son enregistrement, le groupe savait quel album il voulait réaliser. Ben Nash a décrit ce morceau comme le véritable point de bascule de Crossed Lines : celui qui a transformé une collection de titres en un projet doté d’une direction et d’un niveau d’exigence clairement définis.
Ce déclic arrivait au terme d’un processus particulièrement long. Pendant environ deux ans, les musiciens ont écrit, réécrit, enregistré des démos et multiplié les sessions. L’objectif final peut sembler paradoxal au regard de cette préparation : parvenir à un disque concentré, débarrassé de ce que le groupe jugeait superflu. Vingt ans plus tard, Nash résumait cette période sans détour : « Crossed Lines was easily the most focused we ever were as a band » — le groupe n’avait jamais été aussi concentré.
Deux ans de travail pour aller à l’essentiel
Crossed Lines est le deuxième album studio de 78 Saab, formation née dans la scène de Canberra avant de s’installer à Sydney. Pour définir l’ambition du disque, Ben Nash a cité deux références précises : It’s a Shame About Ray des Lemonheads et Copper Blue de Sugar. Il ne s’agissait pas de reproduire ces albums, mais de retenir leur capacité à présenter des chansons de manière directe et concise.
Cette recherche de concision ne signifiait donc pas une fabrication rapide. Les nombreuses versions et réécritures ont au contraire servi à éliminer les hésitations. Nash a également évoqué l’exigence interne du groupe, parfois brutale entre ses membres, mais soutenue par leur confiance dans le jugement musical des autres. Chaque décision pouvait être discutée avec fermeté parce que chacun partageait la même volonté de resserrer le disque.
Dans ce processus, No Illusions a fourni une réponse concrète. Son enregistrement a permis de fixer la forme recherchée pour l’ensemble de l’album. Le morceau n’est donc pas seulement devenu l’un des titres les plus exposés de 78 Saab : il a servi de référence pendant la construction même de Crossed Lines.
Tim Whitten, un producteur déjà dans l’histoire du groupe
Pour mener ce travail, 78 Saab a retrouvé Tim Whitten, déjà associé au groupe lors du single Sunshine en 2000. La production de Crossed Lines est créditée conjointement à Whitten et à la formation. Ben Nash a présenté leur collaboration comme la rencontre entre les chansons apportées par les musiciens et le discernement sonore du producteur.
Ce partage des rôles correspondait à la méthode adoptée durant les deux années de préparation : le groupe façonnait et reprenait ses morceaux, tandis que Whitten contribuait à déterminer la manière de les faire aboutir. L’enjeu n’était pas d’accumuler les idées, mais de reconnaître celles qui servaient réellement la cohérence recherchée depuis le début des séances.
Cette relation a connu un prolongement inattendu deux décennies plus tard. Tim Whitten avait conservé les bandes DAT originales de l’album. Leur redécouverte à l’approche du vingtième anniversaire de Crossed Lines a contribué à déclencher la reformation de 78 Saab et les concerts donnés par le groupe en 2024. Les archives du producteur ont ainsi replacé les musiciens face au disque qui avait demandé leur effort collectif le plus concentré.
Une ville sous son vernis et un morceau qui ouvre les radios
Parmi les chansons dont Ben Nash a expliqué l’origine, The City Is Humming traduit son rapport ambivalent à Sydney. Il décrivait une relation d’amour et de rejet avec une ville devenue, à ses yeux, trop préoccupée par son image et sa visibilité médiatique après les Jeux olympiques. Il visait notamment ce qu’il appelait sa « fausse brillance », un vernis qui nourrissait directement le propos du morceau.
Cette histoire inscrit une expérience précise dans l’album : celle d’un groupe venu de Canberra et désormais établi à Sydney, observant la ville depuis l’intérieur sans adhérer entièrement à l’image qu’elle projetait. Contrairement à un simple décor urbain, Sydney devient ici l’objet même de la tension formulée par Nash.
No Illusions a connu une autre trajectoire. Après avoir donné à 78 Saab le modèle de son album, la chanson lui a offert son accès le plus important à la radio commerciale jusqu’alors. Crossed Lines a également bénéficié d’une forte rotation sur Triple J. Ce résultat donnait une portée publique au morceau qui avait, en studio, permis de résoudre les hésitations du projet.
L’album et 78 Saab figurent aussi dans la programmation de RADIO COLLECTION. Vingt-deux ans après sa sortie australienne, Crossed Lines reste ainsi attaché à une suite d’étapes très concrètes : deux années de réécritures, une chanson décisive, une collaboration renouvelée avec Tim Whitten, puis des bandes originales retrouvées qui ont participé au retour du groupe sur scène.
Sources et pour aller plus loin
L’interview de Ben Nash publiée par The Music revient sur la concentration particulière du groupe pendant la conception de l’album, sa collaboration avec Tim Whitten et la redécouverte des bandes DAT originales.
L’article contemporain No Crossed Wires On The Quality éclaire les deux années de préparation de Crossed Lines, le rôle déterminant de No Illusions et l’origine de The City Is Humming.
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