16 octobre 2026
Gary Kemp célèbre ce 16 octobre son 67e anniversaire. Derrière la guitare de Spandau Ballet se trouvait surtout le principal auteur-compositeur du groupe, un rôle qu’un simple synthétiseur Yamaha a contribué à révéler.
Gary Kemp ne sait pas vraiment pourquoi l’écriture lui est revenue. Il l’a reconnu lui-même en évoquant ses années Spandau Ballet : « I don't know why I was the one in Spandau who became the songwriter. » Cette place centrale n’avait pourtant rien d’anodin. Sa biographie lui attribue le rôle d’auteur principal des 23 singles à succès du groupe, parmi lesquels To Cut a Long Story Short, True, Gold et Through the Barricades.
Avant les disques et les refrains internationaux, il y avait une guitare offerte par ses parents. Gary Kemp avait 11 ans lorsqu’il a commencé à en jouer et à écrire des chansons. À la Dame Alice Owen's grammar school, il a formé Roots avec Steve Norman, John Keeble et Tony Hadley. Le groupe a ensuite multiplié les identités : The Cut, The Makers, puis Gentry. Spandau Ballet n’existait pas encore, mais son futur noyau était déjà réuni.
Des clubs de Soho à une nouvelle identité
Le changement décisif s’est produit au contact des clubs underground de Soho, notamment Billy's et Blitz. Cette scène londonienne a conduit le groupe vers l’électronique et le new white funk, au cœur de l’émergence New Romantic. Il ne s’agissait plus seulement de jouer ensemble : il fallait trouver une forme, une allure et un son capables de traduire ce qui se passait alors dans les clubs.
Le nom Spandau Ballet a été proposé par leur ami Robert Elms. Kemp a raconté que les musiciens n’en comprenaient pas vraiment le sens au départ. Après Roots, The Cut, The Makers et Gentry, cette appellation énigmatique est pourtant devenue définitive. L’exposition du groupe dans un documentaire télévisé diffusé en 1980 a ensuite accompagné son passage du circuit des clubs à une visibilité nationale.
Les premiers titres, To Cut a Long Story Short et Chant No. 1, portent cette orientation électronique et dansante. Spandau Ballet élargira ensuite son registre avec True, Gold, Only When You Leave et Through the Barricades. Les chansons du groupe figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Le Yamaha CS10 qui déclenche l’écriture
Au milieu de cette transformation se trouve un instrument précis : un synthétiseur Yamaha CS10. Son arrivée a provoqué chez Gary Kemp une impulsion d’écriture immédiate, à l’origine de ce qui allait devenir Journeys to Glory. La machine ne résume évidemment pas la construction de Spandau Ballet, mais elle matérialise un basculement : le guitariste et choriste prend alors une place déterminante dans la création du répertoire.
Ce détail éclaire aussi la méthode de Kemp. L’écriture ne naît pas uniquement d’une idée abstraite ; elle peut être déclenchée par un nouveau son, un clavier ou une possibilité technique encore inexplorée. Avec le Yamaha CS10, il trouve un outil adapté au langage électronique que le groupe cherche à développer. Le choix esthétique des clubs londoniens devient ainsi une matière à chansons.
Cette centralité créative ne doit pas être confondue avec tous les rôles du groupe. Tony Hadley en était le chanteur principal, tandis que Gary Kemp en était le guitariste, le choriste et surtout l’auteur-compositeur majeur. C’est dans cet espace moins immédiatement visible que s’est construite une grande partie de l’identité de Spandau Ballet.
True, entre sentiment non partagé et anxiété
Le succès n’a pas rendu l’écriture plus légère. Kemp a décrit ce travail comme éprouvant et générateur d’anxiété pendant les années Spandau Ballet. Derrière l’efficacité des refrains se trouvait donc une expérience créative sous tension, éloignée d’une lecture purement nostalgique des tubes du groupe.
True en offre un exemple particulièrement personnel. Gary Kemp a expliqué que l’écriture de l’album s’inscrivait dans le contexte d’une relation platonique non réciproque : « When I wrote the True album, I was going through some unrequited platonic relationship. » Il n’a pas besoin d’en dévoiler davantage pour donner une autre profondeur à la chanson. Le sentiment reste identifiable, mais la personne concernée demeure hors du récit.
En 2012, son travail d’auteur a reçu l’Ivor Novello Award for Outstanding Song Collection. Kemp a alors qualifié cette récompense de « greatest honour a songwriter can have » : le plus grand honneur qu’un auteur-compositeur puisse recevoir. La distinction venait reconnaître un catalogue souvent associé d’abord au visage et à la voix de Spandau Ballet, alors que son architecture reposait largement sur son écriture.
Un auteur qui continue de changer de cadre
Gary Kemp ne s’est pas limité au groupe qui l’a fait connaître. Il a aussi développé une carrière d’acteur, poursuivi une activité solo et publié en 2025 This Destination, un album revenant sur son parcours de vie. Il joue également avec Nick Mason's Saucerful of Secrets, formation dans laquelle il interprète du répertoire de Pink Floyd.
Ces projets prolongent une trajectoire construite par déplacements successifs : de la guitare reçue à 11 ans aux groupes de l’école, des clubs de Soho au Yamaha CS10, puis de Spandau Ballet à d’autres scènes. À 67 ans, le détail le plus révélateur reste peut-être cette réaction devant un nouvel instrument : quelques touches, un son différent, et l’auteur du groupe venait de trouver son terrain.
Sources et pour aller plus loin
L’entretien de Classic Pop consacré à la genèse de Spandau Ballet permet à Gary Kemp de revenir directement sur le Yamaha CS10 et sur la manière dont il est devenu l’auteur central du groupe. Le portrait publié par The Independent apporte un éclairage complémentaire sur l’anxiété et le caractère éprouvant de son processus d’écriture.
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