14 octobre 2026
Kings of Leon célèbre aujourd’hui les dix ans de Walls, un album né alors que les liens familiaux du groupe s’étaient transformés en relations professionnelles. Avec le producteur Markus Dravs, les quatre musiciens ont cherché à écarter leurs automatismes, portés par le souvenir d’un ami qui les encourageait à prendre des risques.
Caleb Followill résumait la situation par une formule saisissante. Après des années passées ensemble, disait-il, il ne s’agissait plus d’aller donner une interview avec son frère, mais avec « le batteur ». Derrière cette nuance de vocabulaire se dessinait une distance plus profonde : les membres de Kings of Leon étaient progressivement devenus des associés, des « business partners », plutôt qu’un groupe soudé par ses liens familiaux. C’est dans ce contexte que s’est construit Walls, septième album studio de la formation.
Le disque devait donc répondre à une difficulté dépassant la simple écriture de nouvelles chansons. Kings of Leon devait retrouver une manière de travailler collectivement sans se contenter de reproduire une formule familière. L’enjeu n’était pas de renier l’identité du groupe, mais de repérer puis d’écarter ce qui ressemblait trop immédiatement au Kings of Leon attendu.
Markus Dravs face aux automatismes du groupe
Pour mener ce renouvellement, Kings of Leon s’est installé à Los Angeles avec Markus Dravs, producteur notamment associé à Coldplay et Arcade Fire. Sa présence accompagnait une consigne claire : lorsqu’un élément paraissait trop caractéristique du groupe, il devait être remis en question. La fabrication de Walls reposait ainsi sur un exercice délicat, celui de reconnaître les habitudes acquises au fil des albums pour mieux s’en éloigner.
Cette méthode donnait une traduction concrète à la crise évoquée par Caleb Followill. Retrouver le fonctionnement d’un groupe impliquait aussi d’accepter qu’un regard extérieur bouscule les réflexes installés. La recherche de nouveauté ne se limitait donc pas à une déclaration d’intention : elle guidait les choix effectués pendant l’enregistrement.
Le titre de l’album joue lui-même avec les apparences. WALLS forme l’acronyme de « We Are Like Love Songs ». Derrière un mot anglais évoquant des murs se cache ainsi une phrase inattendue, presque à rebours de l’idée de fermeture suggérée par le titre. Cette double lecture convient à un disque élaboré au moment où ses auteurs tentaient précisément de réduire la distance qui s’était installée entre eux.
Un ami disparu au cœur de Muchacho
La volonté de prendre davantage de risques était également liée à un proche du groupe, mort d’un cancer. Présent dans l’entourage de Kings of Leon depuis ses débuts et associé à sa vie en tournée, cet ami les encourageait continuellement à essayer de nouvelles choses. Son souvenir a participé à l’élan général de l’album.
Cette histoire trouve son expression la plus directe dans Muchacho. Caleb Followill a présenté la chanson comme un hommage à cet ami récemment disparu, tandis que Jared Followill a rappelé son rôle d’aiguillon artistique. Le morceau relie ainsi deux dimensions essentielles de Walls : la mémoire d’un compagnon de route et la nécessité de ne pas rester prisonnier de ce que le groupe savait déjà faire.
L’hommage ne constitue donc pas une parenthèse isolée dans le disque. Il éclaire le choix de remettre en cause les habitudes de Kings of Leon au moment même où les rapports entre ses membres avaient pris une tournure de plus en plus professionnelle. Prendre un risque devenait aussi une façon de prolonger le conseil répété par cet ami.
Find Me, ou le fantôme d’un hôtel de Los Angeles
Une autre chanson est née d’une histoire beaucoup plus étrange. À Los Angeles, Lily Aldridge, l’épouse de Caleb Followill, était convaincue que leur hôtel était hanté. Cette expérience a fourni le point de départ de Find Me, qui transforme l’anecdote en un récit où le personnage se sent attiré par l’apparition qui le poursuit.
L’origine de Find Me montre comment le groupe pouvait intégrer à l’album un épisode intime sans simplement le reproduire. Une conviction née dans un hôtel devient le moteur d’une histoire de fantôme, puis d’une relation trouble entre une présence et celui qu’elle hante. Aux côtés de l’hommage très personnel de Muchacho, la chanson offre un autre visage de la matière vécue qui nourrit Walls.
Avec ses dix titres, l’album a finalement atteint la première place du classement britannique. Ce résultat donne une conséquence mesurable à cette période de remise en question : en cherchant à supprimer ce qui lui paraissait trop évident, Kings of Leon n’a pas rompu le lien avec son public. Walls, également diffusé sur RADIO COLLECTION, reste surtout le témoignage d’un groupe familial obligé de réexaminer sa propre manière d’exister.
Dix ans plus tard, les deux histoires les plus précises du disque résument encore cette démarche : un ami disparu qui incitait Kings of Leon à tenter l’inconnu, et un hôtel prétendument hanté devenu le point de départ de Find Me. Entre le deuil, le risque et les réflexes combattus en studio, Walls raconte une reconstruction à travers des décisions concrètes plutôt qu’une simple déclaration de retrouvailles.
Sources et pour aller plus loin
L’interview de NME consacrée au retour de Kings of Leon revient sur la distance apparue entre les membres, leur collaboration avec Markus Dravs et leur volonté d’écarter les éléments trop immédiatement reconnaissables. Elle éclaire également le sens caché derrière l’acronyme WALLS.
L’entretien publié par NME Japan développe les récits personnels à l’origine de Find Me et Muchacho, ainsi que le rôle de l’ami qui poussait le groupe à prendre davantage de risques.
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