À 81 ans, Bryan Ferry transforme toujours les esquisses de Roxy Music


26 septembre 2026

Bryan Ferry fête ses 81 ans ce 26 septembre 2026. De ses études aux beaux-arts à son récent travail avec Amelia Barratt, le chanteur de Roxy Music suit une même méthode : saisir une idée, la conserver, puis attendre parfois des années avant de lui trouver sa forme définitive.

Chez Bryan Ferry, une chanson peut commencer par quelques notes enregistrées sur un vieux magnétophone à cassette, un fragment de piano capté sur un téléphone ou un groove encore dépourvu de paroles. Rien n’oblige ensuite cette esquisse à devenir immédiatement un morceau. Elle peut rester en attente pendant des mois, voire des années, avant de revenir sur la table de travail. Cette patience créative raconte une grande partie de son parcours : celui d’un musicien qui archive ses intuitions comme un peintre conserverait ses études préparatoires.

Né le 26 septembre 1945 à Washington, dans le comté de Durham, en Angleterre, Ferry a d’abord étudié les beaux-arts à l’université de Newcastle. Une fois installé à Londres, il a enseigné l’art et occupé différents emplois tout en écrivant les chansons destinées au premier album de Roxy Music. La musique n’efface donc pas sa formation visuelle : elle en devient progressivement un autre terrain d’application.

Des beaux-arts aux premières chansons de Roxy Music

Avant Roxy Music, Ferry avait déjà joué dans un groupe à l’époque du collège. Il a également raconté avoir beaucoup sifflé durant sa tournée de distribution de journaux lorsqu’il était jeune. Mais son engagement dans l’écriture s’affirme surtout après son arrivée à Londres. C’est alors qu’il compose les morceaux qui alimenteront les débuts du groupe.

Publié en 1972, le premier album de Roxy Music ouvre une décennie de carrière que Ferry considère comme une part majeure de sa vie. La formation fait dialoguer les beaux-arts, la mode, le glam, la recherche visuelle et l’expérimentation sonore. Son premier disque a ainsi pu être décrit comme une collision entre le passé et le futur, formule qui correspond à la manière dont le groupe assemblait des références plutôt que de suivre un modèle unique.

Ferry occupe une place centrale dans cette construction, sans travailler pour autant dans un isolement complet. Il a expliqué avoir traditionnellement écrit seul, avant qu’Andy Mackay et Phil Manzanera ne lui proposent davantage d’idées. À partir de leurs séquences harmoniques, il pouvait élaborer la mélodie, les paroles et le titre. La signature de Roxy Music naît aussi de cette circulation entre impulsion individuelle et matière collective.

Le groupe et les titres de Bryan Ferry figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION. Cette double identité, chanteur de Roxy Music et artiste solo, s’est installée très tôt : dès 1973, Ferry publie son premier album personnel, dont le premier single est une reprise de « A Hard Rain’s Gonna Fall » de Bob Dylan.

Un magnétophone, un piano et le droit d’attendre

La méthode de Ferry repose moins sur une routine rigide que sur la capacité à reconnaître une idée et à ne pas la perdre. Chez lui, il conserve depuis longtemps un ancien magnétophone à cassette pour enregistrer des esquisses. Le téléphone a rejoint cet équipement élémentaire, notamment pour saisir des fragments de piano. Le studio intervient ensuite comme un lieu de transformation et d’assemblage.

Il joue pourtant rarement du piano à la maison, volontairement. Cette retenue lui permet de préserver le plaisir du moment où il retrouve l’instrument pour créer. Certaines pièces commencent alors par un groove ; d’autres naissent de quelques accords auxquels il reviendra bien plus tard. À la formule « I like making stuff », que l’on peut traduire simplement par « j’aime fabriquer des choses », répond une pratique très concrète : enregistrer, classer, reprendre et remodeler.

« White Noise » illustre cette temporalité étirée. Ferry a raconté avoir joué sa partie de piano aux studios AIR vers 1973 ou 1974, puis avoir gardé cette idée pendant des années avant de la réutiliser. Le fragment n’était pas considéré comme périmé parce qu’il n’avait pas trouvé immédiatement sa destination. Il restait disponible.

Cette exigence s’étend aux conditions de travail. Pour ses créations récentes en studio, Ferry dit préférer les échanges en tête-à-tête, généralement en présence de l’ingénieur et du producteur. Cette configuration lui semble plus créative. Il affirme aussi avoir parfois écarté des claviéristes virtuoses afin de préserver davantage sa propre identité sonore. La maîtrise technique ne suffit donc pas : chaque intervention doit pouvoir appartenir au disque, et pas seulement démontrer un savoir-faire.

Les archives comme matière du présent

Cette façon de conserver les idées permet à Ferry de relier différentes périodes sans les confondre. « Star », par exemple, repose sur une idée et une maquette envoyées par Nine Inch Nails, tandis qu’Amelia Barratt en a écrit les paroles. Le morceau montre comment un matériau extérieur peut entrer dans son atelier, puis être développé au sein d’une collaboration précisément répartie.

En 2025, Ferry a prolongé ce travail avec Barratt sur l’album collaboratif Loose Talk. Le projet a aussi permis de revenir sur un morceau issu de sessions de Roxy Music remontant à 1973. Plus de cinquante ans séparent ces séances du travail récent, mais le passage de l’une à l’autre ne relève pas d’un simple exercice rétrospectif : il correspond à cette habitude ancienne de laisser les fragments disponibles jusqu’à ce qu’une nouvelle situation leur donne une fonction.

À 81 ans, Bryan Ferry ne travaille donc pas uniquement à partir de pages blanches. Son espace de création contient des cassettes, des enregistrements domestiques, des suites harmoniques proposées par d’autres musiciens et des idées laissées en suspens. Dans cet atelier, le temps n’annule pas les esquisses : il leur offre parfois le contexte qui leur manquait.

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