26 septembre 2026
Avec Sailing to Philadelphia, Mark Knopfler signait il y a 26 ans son deuxième album studio solo après la séparation de Dire Straits. Entouré notamment de James Taylor, Van Morrison, Gillian Welch et David Rawlings, le guitariste y ouvrait son écriture à des récits historiques et sociaux américains.
Deux hommes prennent la mer vers l’Amérique : Charles Mason et Jeremiah Dixon, les savants britanniques dont les noms resteront associés à une frontière devenue célèbre. De ce voyage, Mark Knopfler tire la chanson-titre de son deuxième album solo, paru le 25 septembre 2000. Sailing to Philadelphia naît ainsi d’un déplacement dans l’espace et dans le temps, mais aussi d’un moment particulier dans la trajectoire de son auteur : après Dire Straits, Knopfler construit désormais son propre cadre, en s’appuyant sur sa guitare, son goût du récit et un cercle de collaborateurs particulièrement étoffé.
Mason, Dixon et un aéroport de Philadelphie
L’idée de Sailing to Philadelphia est liée aux passages de Mark Knopfler par l’aéroport de la ville. Ces escales nourrissent chez lui une réflexion sur Mason et Dixon, partis vers l’Amérique avant que leurs travaux ne donnent leur nom à la ligne Mason-Dixon. Le musicien transforme cette matière historique en un duo entre les deux personnages.
La chanson prend une dimension supplémentaire avec la participation de James Taylor. Sa présence ne relève pas d’un simple crédit prestigieux : elle inscrit une voix américaine au cœur même de ce voyage raconté par un auteur britannique. La rencontre résume l’un des mouvements essentiels du disque, qui relie l’héritage de Knopfler à une galerie de figures, de lieux et d’histoires venus des États-Unis.
Ce choix donne également son titre à l’ensemble de l’album. Plutôt qu’une formule abstraite, Sailing to Philadelphia désigne un trajet précis et renvoie à deux personnages historiques. Knopfler place ainsi la narration au centre du projet, en faisant du voyage de Mason et Dixon le point d’ancrage du disque.
Une note de pochette devient « Baloney Again »
Une autre chanson montre comment Knopfler peut partir d’un détail concret pour bâtir un récit. Baloney Again trouve son origine dans les notes de pochette d’un disque du Fairfield Four. Le musicien y découvre une anecdote sur les tournées d’un groupe de gospel noir dans le Sud ségrégationniste : sur la route, en 1953, les repas pouvaient se réduire à un sandwich au baloney.
Ce souvenir fournit le déclencheur narratif de la chanson. Knopfler adopte le point de vue d’un groupe confronté à la ségrégation, transformant cette nourriture répétitive en indice d’une réalité sociale plus vaste. L’anecdote n’est donc pas utilisée comme un simple détail d’époque : elle permet de faire entrer dans l’album une histoire de déplacement, de discrimination et de survie quotidienne.
Entre les savants britanniques de la chanson-titre et les musiciens de gospel de Baloney Again, Sailing to Philadelphia avance par personnages. Les deux morceaux partent de situations documentées par Knopfler lui-même : un voyage historique d’un côté, une note de pochette et un repas sommaire de l’autre. Ils illustrent l’élargissement de son écriture vers des récits historiques et sociaux américains, sans réduire le disque à une collection de tableaux indépendants.
Des voix invitées autour de Knopfler
Pour donner corps à cet album, Mark Knopfler partage la production avec Chuck Ainlay. Celui-ci intervient également à l’enregistrement et au mixage de plusieurs morceaux, parmi lesquels What It Is et Sailing to Philadelphia. Leur travail commun fournit une continuité à un disque traversé par de nombreux invités.
James Taylor n’est pas la seule voix extérieure à rejoindre Knopfler. Van Morrison chante sur The Last Laugh, tandis que Gillian Welch et David Rawlings participent à plusieurs titres. Ces collaborations ne sont pas regroupées autour d’un unique morceau collectif : elles ponctuent l’album et accompagnent les différentes histoires développées par son auteur.
En ouverture, What It Is reçoit une mission particulière. Le titre est choisi pour remettre Mark Knopfler en avant auprès des radios américaines avant la parution de l’album. Ce rôle de lancement relie directement le nouveau chapitre solo à la notoriété acquise avec Dire Straits, tout en présentant Knopfler sous son seul nom. Le morceau, comme l’album, figure aujourd’hui dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Un numéro un durable en Allemagne
La trajectoire commerciale de Sailing to Philadelphia trouve son résultat le plus net en Allemagne. L’album y atteint la première place du classement et reste présent pendant 37 semaines. Pour un deuxième disque solo publié après la fin de Dire Straits, cette longévité confirme que le nom de Mark Knopfler peut porter un projet distinct de son ancien groupe.
Vingt-six ans plus tard, la singularité du disque tient toujours à ce croisement très concret : un guitariste britannique sorti de l’aventure Dire Straits, des collaborateurs comme James Taylor ou Van Morrison, et des chansons construites à partir d’un aéroport, d’un voyage du XVIIIe siècle ou des notes de pochette d’un disque de gospel. Sailing to Philadelphia reste ainsi associé à ces personnages que Knopfler a choisi de faire voyager avec lui.
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