23 septembre 2026
Archive célèbre aujourd’hui les 30 ans de Londinium, son premier album studio. Autour de Darius Keeler et Danny Griffiths, le groupe londonien y réunissait la voix de Roya Arab, le rap de Rosko John, l’électronique et une instrumentation organique, avant qu’une rupture profonde ne mette fin à cette première formation.
Avant de devenir un groupe capable de se reconstruire et de changer de configuration, Archive a commencé par une aventure collective aussi ambitieuse que fragile. En 1996, Londinium rassemble quatre personnalités : Darius Keeler et Danny Griffiths, autour desquels interviennent la chanteuse Roya Arab et le rappeur Rosko John. Cette association donne au premier album du groupe une identité fondée sur le croisement des voix, des rythmes et des textures.
Trente ans plus tard, le disque reste inséparable de cette formation originelle. Il en constitue à la fois la réalisation majeure et le dernier témoignage discographique : après l’album, les relations entre ses membres se détériorent au point d’imposer une rupture. Archive poursuivra son histoire, mais autour du noyau formé par Keeler et Griffiths.
Quatre personnalités dans un même projet
Londinium associe trip-hop, rythmes downtempo, éléments soul, interventions rap et textures électroniques. La présence d’instruments plus organiques empêche cependant de réduire le disque à une production strictement électronique. Archive en assure la production avec Pete Barraclough, tandis que Neil McLellan prend en charge le mixage.
La complémentarité entre Roya Arab et Rosko John occupe une place déterminante dans cette première incarnation du groupe. Le chant et le rap ne sont pas présentés comme deux projets séparés, mais comme les composantes d’un même langage construit avec Keeler et Griffiths. Londinium fixe ainsi une formule directement liée aux personnes qui l’ont enregistrée, ce qui rend la rupture suivante d’autant plus décisive.
Avec le recul, Darius Keeler a porté un regard sévère sur les conditions dans lesquelles ce premier disque avait été conçu. « Nous étions très jeunes, nous n’avons pas eu assez de temps pour le préparer », a-t-il expliqué. Il estimait également que le groupe avait ensuite consacré trop de temps à sa réalisation. Son témoignage fait apparaître le paradoxe du projet : une préparation jugée trop courte, suivie d’un processus qui s’est, au contraire, prolongé.
Underworld dans les crédits de Londinium
Le lien avec la scène électronique britannique de l’époque passe notamment par Underworld. Rick Smith est crédité à la guitare sur plusieurs morceaux de Londinium. Cette participation élargit encore la palette instrumentale du disque et inscrit sa fabrication dans un réseau de musiciens qui ne se limite pas aux quatre membres de la formation initiale.
Ce rapprochement devient particulièrement concret sur « Skyscraper ». Le morceau incorpore un sample de « Mmm Skyscraper I Love You » d’Underworld. Il ne s’agit donc pas seulement d’une proximité entre artistes contemporains : la musique d’Underworld entre directement dans la matière de l’album. Entre la guitare de Rick Smith et cet emprunt sonore, la connexion accompagne plusieurs dimensions de la réalisation.
« Skyscraper » résume ainsi l’une des particularités de Londinium : faire cohabiter programmation électronique, jeu instrumental, chant et rap sans les enfermer dans des compartiments distincts. Ce principe de construction traverse un album produit par le groupe lui-même, avec Pete Barraclough, plutôt que façonné autour d’une seule voix ou d’un seul interprète mis en avant.
Une rupture immédiate, puis un nouvel Archive
La sortie de Londinium ne consolide pourtant pas cette équipe. Darius Keeler a raconté qu’après l’album, ses membres ne pouvaient plus se trouver dans la même pièce. La formule est brutale et mesure l’ampleur de la fracture. Le premier disque devient donc aussi le point final de la collaboration entre Keeler, Griffiths, Arab et John sous cette forme.
Archive ne disparaît pas avec cette séparation. Le groupe se reconstruit autour de Darius Keeler et Danny Griffiths, mais Londinium demeure attaché à la combinaison particulière de ses quatre protagonistes initiaux. C’est ce qui distingue cet album inaugural dans la trajectoire du groupe : il ouvre son catalogue tout en refermant presque aussitôt le chapitre humain qui l’a rendu possible.
Le disque connaît par ailleurs une résonance particulière en France. Keeler a évoqué la qualité de l’accueil de la presse française dès les débuts d’Archive. Il a également constaté que certains auditeurs français identifiaient presque exclusivement le groupe à Londinium, signe de la place durable prise par ce premier album dans le pays.
Un premier disque resté à part
Cette association persistante entre Archive et Londinium tient à une situation difficilement reproductible : une formation précise, réunie le temps d’un album avant de se séparer. Les étapes ultérieures du groupe ne peuvent effacer cette singularité, puisque Roya Arab et Rosko John appartiennent directement à l’équilibre vocal et collectif du disque.
Aujourd’hui diffusés sur RADIO COLLECTION, Archive et Londinium portent ainsi les traces d’un même commencement. Trente ans après sa parution, l’album raconte moins l’installation sereine d’un groupe que l’éclosion rapide d’une première équipe, son travail avec des musiciens liés à Underworld, puis sa dislocation. Archive a continué ; la formation de Londinium, elle, est restée enfermée dans ce premier chapitre.
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