Abacab fête ses 45 ans : dans The Farm, Genesis avait repris les commandes


18 septembre 2026

Genesis célèbre aujourd’hui les 45 ans d’Abacab, l’album qui installe le trio dans son propre studio et lui permet d’assumer directement sa production. Avec Hugh Padgham à ses côtés, le groupe redéfinit alors sa méthode de travail, son écriture collective et sa place dans les années 1980.

Avant de modifier son approche musicale, Genesis commence par changer de maison au sens propre. En novembre 1980, Phil Collins, Tony Banks et Mike Rutherford achètent une ferme à Chiddingfold, dans le Surrey. Un ancien bâtiment agricole y est transformé en studio privé : The Farm. Quelques mois plus tard, les trois musiciens disposent ainsi d’un lieu où concevoir un album entier, de l’écriture jusqu’au mixage, sans quitter leur nouvelle base.

Ce choix donne à Abacab un cadre particulier. Entre mars et juin 1981, tout le disque est écrit, enregistré et mixé à The Farm. Genesis n’avait plus réalisé intégralement un album en Angleterre depuis A Trick of the Tail, paru en 1976. Cette fois, le retour ne se limite pas à une question géographique : le trio travaille dans un studio qui lui appartient et prend lui-même en charge la production.

Un studio privé pour reprendre la main

Sur ses albums précédents, Genesis avait l’habitude de s’appuyer sur des producteurs extérieurs. Pour Abacab, Collins, Banks et Rutherford passent aux commandes, accompagnés par l’ingénieur du son Hugh Padgham. Celui-ci avait déjà travaillé avec Phil Collins sur son premier album solo, Face Value. Son expertise accompagne ici un son davantage centré sur les percussions, les claviers contemporains et des structures plus épurées.

La méthode d’écriture évolue elle aussi. Genesis réduit la place accordée aux compositions entièrement individuelles et privilégie les morceaux élaborés collectivement. Abacab devient ainsi un disque façonné par le trio, aussi bien dans la composition que dans les décisions de production. Cette organisation correspond à la transition alors relevée par les analyses consacrées au groupe : Genesis s’éloigne progressivement de ses racines progressives pour adopter une approche plus directe, tournée vers la pop et le rock du début des années 1980.

Le changement ne signifie pas que le groupe efface soudainement son passé. Il repose plutôt sur une nouvelle manière d’assembler les idées, de raccourcir certaines structures et de mettre en avant des éléments sonores devenus centraux. En réunissant écriture, enregistrement et mixage au même endroit, The Farm fournit le cadre matériel de cette transformation. Le studio restera surtout associé, pour Abacab, à un moment où Genesis choisit de ne plus déléguer la direction générale du disque.

Trois lettres pour baptiser une chanson

Le titre de l’album est lui-même issu du travail d’arrangement. Pour construire la chanson Abacab, les musiciens désignent plusieurs parties par les lettres A, B et C. Mike Rutherford a raconté qu’à une étape de la composition, leur enchaînement formait le mot « Abacab ». Le nom est resté, même si l’ordre des sections a ensuite changé et si la version définitive ne reproduit plus exactement cette séquence.

Ce titre né d’un code interne résume bien le fonctionnement collectif adopté pendant les séances : des blocs musicaux sont identifiés, déplacés et réorganisés jusqu’à former le morceau. La chanson est choisie pour annoncer l’album et contribue à présenter au public cette nouvelle étape de Genesis, plus directe et rythmée. Plutôt qu’une expression chargée d’un sens extérieur, « Abacab » conserve donc la trace très concrète d’un arrangement en cours de fabrication.

Une autre chanson accompagne l’entrée du groupe dans un paysage médiatique en pleine mutation. Le clip de No Reply at All est diffusé sur MTV peu après le lancement de la chaîne en août 1981. Il s’agit de la première nouvelle chanson de Genesis programmée par MTV, donnant au groupe une exposition supplémentaire auprès du public américain au moment où la vidéo musicale devient un nouveau moyen de découverte.

Le virage sonore devient aussi visuel

La pochette prolonge la rupture. Aux illustrations plus narratives associées à la période progressive succède un motif abstrait simple, proposé dans au moins quatre combinaisons de couleurs. Cette déclinaison rend les éditions originales immédiatement reconnaissables et introduit une dimension de collection : un même album peut apparaître sous plusieurs associations chromatiques, sans que son principe graphique change.

Cette sobriété visuelle accompagne la nouvelle orientation du disque sans chercher à la raconter par une scène ou un personnage. L’objet affiche plutôt des formes et des couleurs, comme le titre reprend des lettres initialement destinées à repérer des sections musicales. Pochette et nom d’album proviennent ainsi de choix simples, directement liés à la construction de cette nouvelle identité.

Abacab, également diffusé sur RADIO COLLECTION, ne reste pas seulement un manifeste de changement. L’album atteint la première place du classement britannique et permet pour la première fois à Genesis d’entrer dans le Top 10 du Billboard 200 aux États-Unis. Il obtient par ailleurs une certification double platine sur le marché américain, ainsi que des certifications d’or dans plusieurs autres pays.

Le disque qui ouvre la décennie de Genesis

Ces résultats donnent une portée commerciale au travail engagé à The Farm. Genesis consolide sa popularité au Royaume-Uni tout en franchissant une étape importante aux États-Unis. La diffusion de No Reply at All sur MTV, l’entrée dans le Top 10 américain et la première place britannique montrent que le changement de méthode ne se cantonne pas aux murs du studio.

Les albums Genesis puis Invisible Touch connaîtront ensuite des succès encore plus massifs. Mais Abacab occupe une position précise dans cette trajectoire : celle du disque où Collins, Banks et Rutherford installent leur propre outil de travail, privilégient davantage l’écriture à trois et assument eux-mêmes la production. Quarante-cinq ans après sa sortie, son titre porte toujours la marque de ce chantier collectif : trois lettres utilisées pour déplacer des sections, devenues le nom d’un album numéro un.

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