18 septembre 2026
Joanne Catherall atteint 64 ans ce 18 septembre. Repérée sur une piste de danse alors qu’elle était encore lycéenne, la chanteuse est devenue l’un des visages, l’une des voix et même l’un des piliers administratifs de The Human League.
En octobre 1980, Joanne Catherall n’a ni expérience professionnelle ni plan de carrière dans la musique. À 18 ans, elle poursuit ses études à Sheffield et sort au Crazy Daisy Nightclub avec sa meilleure amie, Susan Ann Sulley. Cette soirée ordinaire change brusquement de direction lorsque Philip Oakey, chanteur et membre fondateur de The Human League, les remarque sur la piste de danse.
Le groupe traverse alors une crise interne et doit rapidement trouver de nouvelles vocalistes pour assurer une tournée. Oakey propose aux deux lycéennes de rejoindre la formation. La trajectoire de Catherall se décide ainsi loin d’un studio ou d’une audition traditionnelle : dans une boîte de nuit de sa ville natale, au moment où The Human League doit reconstruire son dispositif scénique.
Une tournée à négocier avec les parents et l’école
Avant de monter sur scène, il faut toutefois convaincre les adultes. Joanne Catherall est encore scolarisée, et son départ en tournée impose des discussions avec son école comme avec ses parents. Ceux-ci redoutent les clichés associés à la vie d’un groupe pop, résumés par la formule « sex, drugs and rock’n’roll ». Elle leur présente au contraire The Human League comme un groupe pop, et non comme un environnement dangereux ou une sorte de secte.
Le contraste est saisissant : une lycéenne sans passé professionnel rejoint une formation déjà engagée dans la musique électronique et part se produire avec elle. Catherall n’est pourtant pas seulement recrutée pour compléter une affiche. Avec Susan Ann Sulley, elle installe progressivement une double présence féminine qui devient essentielle à l’équilibre visuel et vocal du groupe.
Ses harmonies, ses lignes de chœur et leur contraste avec la voix de Philip Oakey participent au nouveau visage de The Human League. Cette configuration accompagne le passage du groupe, issu d’un post-punk expérimental, vers une synth-pop destinée à un public beaucoup plus large. Joanne Catherall fait toujours partie des artistes diffusés sur RADIO COLLECTION.
Une voix pensée pour le morceau, le mix et la radio
Le rôle de Catherall s’inscrit dans un travail collectif où chaque voix occupe une place précise. Sur Don’t You Want Me, les interventions vocales féminines, auxquelles elle contribue avec Susan Ann Sulley, renforcent la construction dramatique du titre. Le morceau ne repose plus uniquement sur une parole masculine : il prend la forme d’un dialogue, avec des points de vue qui se répondent.
Au fil du temps, Joanne Catherall développe aussi une lecture très concrète de la fabrication d’un single. En évoquant le travail de production et l’expérience acquise avec Martin Rushent, elle résume directement une exigence du format radiophonique : « To have a single that is going to play at the radio, you do need to have your vocals a little bit louder. » Autrement dit, pour qu’un single fonctionne à la radio, les voix doivent être placées un peu plus en avant.
Cette attention se retrouve autour de Credo et du single Never Let Me Go. Le groupe cherche alors à actualiser son son sans abandonner l’interaction entre Philip Oakey et les voix féminines. Les anciens synthétiseurs analogiques ne constituent plus l’unique horizon : The Human League adopte progressivement une combinaison plus flexible de matériel électronique et d’instruments « réels », tout en maintenant sa texture synthétique.
Pour Catherall, cette continuité ne signifie donc pas l’immobilité. Le matériel change, les méthodes de production évoluent et les contraintes liées aux tournées ou aux maisons de disques se transforment. La chanteuse reste néanmoins attachée à un fonctionnement collaboratif, dans lequel les décisions artistiques sont indissociables de choix pratiques.
De vocaliste à partenaire de gestion
La longévité de Joanne Catherall au sein de The Human League constitue l’autre singularité de son parcours. Depuis son intégration en 1980, elle n’a pas quitté le groupe. Elle a traversé sa période de succès international, puis les années où les classements se sont montrés moins favorables, sans se détourner du projet.
Son rôle s’est même élargi bien au-delà de la scène et du studio. Présentée comme une partenaire de business de The Human League, elle a pris part à l’organisation et aux décisions concernant la carrière du groupe. Un entretien lui attribue également une partie du travail de comptabilité. Derrière la vocaliste recrutée dans l’urgence apparaît ainsi une professionnelle capable de suivre les aspects financiers et administratifs d’une formation installée dans la durée.
Cette facette éclaire autrement sa discrétion. Joanne Catherall n’est pas seulement restée devant les micros : elle a participé aux mécanismes qui permettent au groupe de poursuivre ses activités, notamment lors des projets de relance autour de Credo et des tournées. Elle continue d’apparaître sur scène et demeure impliquée dans le fonctionnement de The Human League.
Sheffield comme point de départ permanent
Le parcours reste profondément associé à Sheffield, ville où Joanne Catherall est née et où tout a commencé. Revenant sur son atmosphère culturelle, elle a expliqué que tous ceux qui n’y travaillaient pas directement dans l’industrie sidérurgique voulaient être créatifs « d’une manière ou d’une autre ». Cette effervescence fournit le décor de sa rencontre avec Oakey, mais aussi celui de l’identité première de The Human League.
À 64 ans, Joanne Catherall demeure donc liée à la décision prise durant cette nuit d’octobre 1980. Le Crazy Daisy lui avait ouvert la porte d’une tournée alors qu’elle devait encore composer avec l’école et l’inquiétude de ses parents. Plus de quatre décennies après, la lycéenne repérée sur le dancefloor est toujours là, au micro comme dans les coulisses du même groupe.
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