09 septembre 2026
Le 9 septembre 2003, Seal publiait Seal IV. Vingt-trois ans plus tard, l’album reste associé à Love’s Divine et à cette voix immédiatement reconnaissable. Mais derrière ce quatrième disque studio se cache surtout une histoire beaucoup moins tranquille : avant de l’enregistrer, Seal avait pratiquement terminé un autre album… avant de décider de tout abandonner et de repartir de zéro.
Cinq années s’étaient écoulées depuis Human Being, sorti en 1998. Une attente inhabituellement longue, même pour un artiste qui n’a jamais semblé vouloir suivre le rythme imposé par l’industrie musicale. En réalité, Seal n’était pas resté inactif : il avait travaillé sur un projet qui devait succéder à Human Being, avant de prendre une décision radicale.
Un album terminé… puis abandonné
En 2003, Seal expliquait avoir enregistré quasiment tout un album avant de réaliser qu’il ne correspondait pas au niveau qu’il exigeait de lui-même. Le projet, connu sous le nom de Togetherland, ne sortira finalement jamais sous cette forme.
Plutôt que de publier un disque auquel il ne croyait plus totalement, Seal préfère recommencer. Une décision particulièrement lourde après plusieurs années de travail. Il confiera alors que le plus difficile n’avait pas seulement été d’abandonner ces chansons, mais de retrouver suffisamment de concentration et d’envie pour repartir de zéro.
Le précédent album, Human Being, avait par ailleurs connu des résultats commerciaux nettement inférieurs à ceux de son immense succès de 1994. Seal lui-même le décrira sans détour comme un échec commercial. Le prochain disque devait donc être davantage qu’un simple retour.
Quitter Los Angeles pour retrouver Londres
Après avoir vécu pendant une douzaine d’années à Los Angeles, Seal décide de revenir dans sa ville natale. Londres devient une partie essentielle du processus de création de Seal IV.
Il retourne notamment dans les quartiers de Paddington et Kilburn, marche dans les rues de son enfance et cherche à retrouver des sensations très précises : les voix, les odeurs, les commerces, mais aussi le souvenir des trajets en bus qu’il effectuait adolescent avec son casque sur les oreilles.
Seal expliquera que ce retour aux sources a ravivé quelque chose qu’il avait perdu. Ce n’était donc pas seulement un changement de studio ou de décor : il cherchait à retrouver la manière dont il ressentait la musique avant que sa carrière ne devienne internationale.
Love’s Divine, le signe que l’inspiration était revenue
La méthode finit par fonctionner. Parmi les chansons qui émergent de cette nouvelle période figure Love’s Divine, écrite par Seal avec Mark Batson.
Seal racontera que la naissance du morceau avait provoqué chez lui une réaction immédiate et très émotionnelle. La chanson, construite autour de la perte de repères, du besoin d’amour et de rédemption, devient naturellement l’un des points centraux de l’album.
Dans une interview donnée au moment de la sortie du disque, Seal opposait d’ailleurs volontiers deux morceaux : Get It Together, pensé autour d’une idée d’unité et de rapprochement, et Love’s Divine, qu’il considérait davantage comme une forme de catharsis permettant de traverser les périodes difficiles.
Trevor Horn retrouve Seal
Pour donner forme à ce nouveau départ, Seal retrouve surtout Trevor Horn, producteur essentiel de son parcours depuis ses débuts. L’homme derrière une partie du son de Crazy ou Kiss from a Rose reprend donc sa place aux commandes, aux côtés notamment de Mark Batson.
Seal ne cachait pas son admiration pour Horn, qu’il décrivait à l’époque comme un producteur capable aussi bien de comprendre la théorie musicale que de jouer de plusieurs instruments et, surtout, de pousser les musiciens au-delà de ce qu’ils pensaient pouvoir réaliser.
Le résultat est un disque extrêmement travaillé, mêlant soul, pop, orchestrations, électronique et quelques touches plus rythmiques. Outre Love’s Divine, l’album contient notamment Get It Together, Waiting for You, My Vision, Where There’s Gold et Heavenly… (Good Feeling).
Un retour commercial réussi, malgré une critique partagée
À sa sortie, Seal IV obtient des résultats nettement supérieurs à ceux de Human Being. L’album atteint la troisième place du Billboard 200 aux États-Unis, alors le meilleur classement américain de la carrière de Seal, et la quatrième place au Royaume-Uni. Il se classe également parmi les meilleures ventes dans plusieurs pays européens.
La presse, elle, se montre plus divisée. Certains critiques saluent à nouveau la qualité exceptionnelle de la voix de Seal et le soin apporté à la production, tandis que d’autres reprochent au disque un son trop confortable ou trop proche de celui de ses albums précédents. Sur Metacritic, l’ensemble des critiques réunies aboutit à une réception qualifiée de mitigée.
Avec le recul, cette prudence critique raconte pourtant assez mal l’histoire de Seal IV. L’album marque surtout le moment où Seal, après avoir douté suffisamment de son travail pour jeter plusieurs années de musique, parvient à retrouver son identité en revenant littéralement là où tout avait commencé.
23 ans plus tard
Le 9 septembre 2026, Seal IV fête donc ses 23 ans. Et derrière la sophistication de Love’s Divine ou la production millimétrée de Trevor Horn se cache finalement une idée assez simple : parfois, le meilleur moyen de retrouver sa musique consiste à accepter de jeter ce que l’on vient de faire.
Pour Seal, cela aura nécessité cinq années, un album abandonné et un retour dans les rues de Londres. Le résultat est devenu l’un de ses plus importants succès des années 2000.