09 septembre 2026
KT Tunstall célèbre aujourd’hui les 10 ans de Kin, son cinquième album studio, sorti le 9 septembre 2016. Après une période de burnout créatif durant laquelle elle s’était tournée vers l’écriture pour le cinéma, l’artiste retrouve avec ce disque le plaisir de composer des chansons pop pour elle-même. Enregistré à Los Angeles, Kin devient aussi le premier volet d’une trilogie consacrée à l’âme, au corps et à l’esprit.
Le 11 janvier 2016, la première journée consacrée à Kin commence par un silence. À Motherboard Studios, dans l’est de Los Angeles, KT Tunstall et son équipe viennent d’apprendre la mort de David Bowie. Avant de travailler sur leurs propres chansons, ils écoutent « Life on Mars? » sans parler, puis se promettent collectivement d’être meilleurs dans leur travail. Le nouvel album débute ainsi par un moment de recueillement devenu, pour ses participants, une exigence créative.
Des studios réservés pour forcer le retour des chansons
Cette première session n’est pas arrivée au hasard dans l’agenda. KT Tunstall a réservé les dates d’enregistrement à l’avance afin de se placer elle-même devant une échéance. Ce calendrier doit la contraindre à terminer l’écriture et les arrangements avant l’entrée en studio. « Je travaille bien sous pression, alors j’ai mis cette pression sur moi-même », expliquera-t-elle.
La méthode répond à une situation plus profonde. Avant Kin, la musicienne traverse une période de fatigue artistique et privilégie l’écriture pour le cinéma. Son précédent album, Invisible Empire // Crescent Moon, paru en 2013, relevait d’un folk introspectif et refermait une phase plus sombre de sa carrière. Trois ans plus tard, il ne s’agit donc pas seulement de préparer un nouveau disque, mais de retrouver la joie d’écrire des chansons pop pour elle-même.
KT Tunstall résumera l’effet de cette période en parlant d’« un renouvellement total de mon mojo ». La formule éclaire la place particulière de Kin dans son parcours : l’album est conçu comme le début d’une nouvelle phase, avec un ton plus lumineux et une volonté d’élargir de nouveau le cadre de ses chansons.
Tony Hoffer pour déplacer Kin vers une pop plus expérimentale
Le travail commence à Motherboard Studios avec Brian Bender, avant de se poursuivre auprès de Tony Hoffer. La rencontre avec le producteur passe par Jeff Castelaz, manager de KT Tunstall, qui gère également Hoffer. Celui-ci est alors notamment connu pour ses collaborations avec Beck et Fitz and the Tantrums.
Son arrivée répond à une décision précise : KT Tunstall veut pousser Kin vers une pop plus expérimentale. Le choix du producteur accompagne donc le mouvement déjà engagé par l’écriture, loin du registre introspectif du disque précédent. Los Angeles n’est pas seulement le décor des sessions ; la ville devient aussi le point de convergence entre le studio, le producteur et plusieurs collaborations.
La contrainte que l’artiste s’est imposée en bloquant les séances en amont donne au projet une direction nette. L’écriture doit être prête, les arrangements suffisamment avancés et les décisions assumées lorsque commencent les enregistrements. Dans ce cadre, le retour à la pop ne repose pas sur une idée abstraite de renouveau : il passe par un calendrier serré, un lieu choisi et un producteur chargé d’en déplacer les contours.
« Two Way », un duo écrit depuis des chambres d’hôtel
L’une des histoires les plus concrètes de l’album commence sur le plateau de l’émission Jools’ Annual Hootenanny. KT Tunstall y rencontre James Bay alors qu’elle possède déjà un couplet et un refrain de « Two Way ». Dès le départ, elle imagine que la chanson doit être partagée avec une autre voix : « Je voulais vraiment que ce soit un duo. »
Elle contacte alors James Bay par message et lui propose de participer au titre destiné à son prochain album. Leur collaboration se construit à distance, par e-mails et échanges d’idées envoyés depuis différentes chambres d’hôtel. La chanson progresse ainsi malgré leurs déplacements respectifs, avant que leurs emplois du temps ne se rejoignent finalement en Californie.
James Bay enregistre sa partie lorsqu’il passe par Los Angeles pendant les sessions de Kin. « Two Way » conserve ainsi les traces de plusieurs étapes du projet : une première ébauche solitaire, une rencontre télévisée, une coécriture à distance, puis un enregistrement commun dans la ville où l’album prend forme. Au moment de la sortie, cette collaboration fera partie des éléments particulièrement mis en avant dans les entretiens consacrés au disque.
« Maybe It’s a Good Thing » met le changement en images
Pour présenter Kin, KT Tunstall choisit « Maybe It’s a Good Thing » comme premier single. Le morceau doit donner immédiatement accès à la nouvelle orientation du projet. Son clip est pensé autour de la couleur, de la performance et de l’énergie, avec une mise en images volontairement simple mais stimulante, destinée à accompagner l’attention portée aux paroles.
Cette présentation visuelle traduit le contraste recherché avec la période précédente. Après la fatigue créative et le caractère introspectif d’Invisible Empire // Crescent Moon, « Maybe It’s a Good Thing » expose publiquement la volonté de renouer avec une pop plus vive. Le single ne sert donc pas uniquement à annoncer la sortie : il condense le récit que KT Tunstall associe alors à l’ensemble de l’album, celui d’une joie d’écrire retrouvée.
Kin, premier volet d’un cycle consacré à l’âme
Le projet dépasse finalement le cadre d’un album isolé. À partir de 2016, KT Tunstall inscrit Kin dans une trilogie thématique composée de Kin, Wax et Nut. Chacun de ces titres correspond à une dimension différente : l’âme pour Kin, le corps pour Wax et l’esprit pour Nut. Le disque paru le 9 septembre 2016 devient ainsi la porte d’entrée d’un cycle structuré.
Lors de sa publication, les entretiens accordés notamment au Washington Blade, au Harvard Crimson et à Twin Cities Arts Reader insistent sur deux fils conducteurs : le retour à une pop plus joyeuse et le duo enregistré avec James Bay. Faute de chiffres vérifiés dans le dossier sur ses ventes ou ses classements, c’est surtout cette présentation artistique qui permet de mesurer la manière dont Kin est alors raconté au public.
Dix ans après sa sortie, les circonstances de sa fabrication rendent son rôle particulièrement lisible. Une échéance volontairement imposée remet l’écriture en mouvement, Tony Hoffer accompagne le changement de direction et Los Angeles accueille aussi bien le silence inaugural autour de « Life on Mars? » que l’aboutissement de « Two Way ». Pensé comme le volet de l’âme, Kin raconte d’abord une reprise de contact très concrète avec le métier de faire des chansons.