Dire Straits : On Every Street fête ses 35 ans, le long chantier du dernier album studio


09 septembre 2026

Dire Straits célèbre aujourd’hui les 35 ans d’On Every Street, publié le 9 septembre 1991. Après plusieurs années de pause dans le sillage du succès de Brothers in Arms, le groupe s’était reformé autour d’un noyau resserré pour de longues sessions londoniennes. Une phrase familiale devenue « Calling Elvis », un titre difficile à écrire et une vaste tournée allaient accompagner ce qui resterait son dernier album studio.

 

Lorsque Dire Straits se remet au travail en 1990, six années se sont écoulées depuis Brothers in Arms. La pause qui a suivi cet album laisse place à une nouvelle configuration : Mark Knopfler, John Illsley, Alan Clark et Guy Fletcher constituent le noyau du groupe, toujours accompagné par son manager Ed Bicknell. C’est dans ce cadre que commence la préparation d’On Every Street, sixième album studio de Dire Straits et, rétrospectivement, dernier recueil d’inédits de sa discographie.

De novembre à mai aux AIR Studios de Londres

Les sessions commencent officiellement le 1er novembre 1990 aux AIR Studios de Londres. Elles se prolongent jusqu’en mai 1991, soit un travail réparti sur plusieurs mois plutôt qu’un passage rapide en studio. Mark Knopfler, Alan Clark et Guy Fletcher prennent eux-mêmes en charge la coproduction du disque.

Autour des quatre membres réunis, l’équipe s’élargit considérablement. Le saxophoniste Chris White, le steel-guitariste Paul Franklin, le percussionniste Danny Cummings et le guitariste Phil Palmer participent notamment à l’enregistrement. La fabrication d’On Every Street repose ainsi sur un groupe resserré, complété selon les besoins par de nombreux musiciens de session.

Un changement concerne particulièrement la batterie. Terry Williams, batteur historique de Dire Straits, ne participe pas à l’album. Jeff Porcaro, membre de Toto, et Manu Katché interviennent à sa place pendant les sessions, donnant à cette partie de l’enregistrement une configuration différente de celle des précédents disques du groupe.

« Calling Elvis », une chanson née au téléphone

Parmi les morceaux préparés pour l’album, « Calling Elvis » trouve son point de départ loin des longues journées de studio. Mark Knopfler raconte qu’un membre de sa famille tentait difficilement de joindre sa sœur. Son beau-frère lui résume alors la situation par une formule appelée à devenir un titre : « Essayer d’appeler ta sœur, c’était comme essayer d’appeler Elvis. »

Knopfler retient cette comparaison et construit une chanson autour de l’image d’un admirateur obsédé cherchant à atteindre une figure inaccessible. L’anecdote familiale devient aussi le premier signal public du retour de Dire Straits : « Calling Elvis » paraît en single en août 1991, quelques semaines avant l’album. Une remarque lancée au cours d’une conversation téléphonique ouvre ainsi la campagne de publication d’un disque préparé pendant plusieurs mois.

Le morceau-titre que Knopfler a mis du temps à apprivoiser

L’écriture de « On Every Street » suit un chemin moins immédiat. Dans une interview radiophonique réalisée avant la sortie de l’album, Mark Knopfler explique avoir mis longtemps à entrer dans les paroles. « C’est une chanson très complexe », dit-il alors pour décrire un texte qui lui a demandé un travail prolongé.

Le morceau aborde, selon ses propres explications, le fait de devenir adulte tout en conservant humour et rêves. Ce thème lui donne une place centrale dans le projet, au point de fournir son titre à l’ensemble du disque. Là où « Calling Elvis » naît d’une formule saisie dans la vie familiale, « On Every Street » apparaît donc comme une écriture plus lente, que son auteur doit progressivement trouver et préciser.

« Heavy Fuel », les excès transformés en portrait satirique

Une troisième chanson met en évidence une autre méthode de Knopfler : le portrait ironique. « Heavy Fuel » s’intéresse à un homme que l’auteur présente comme un type « charmant », mais nourri à l’alcool, au tabac, à la malbouffe et à différents excès. Le « carburant lourd » du titre devient la matière quotidienne de ce personnage masculin.

Knopfler rattache cette chanson à la veine satirique déjà présente dans « Money for Nothing », tout en déplaçant cette fois son observation vers les habitudes autodestructrices d’un individu. Après « Calling Elvis », choisi pour précéder l’album, « Heavy Fuel » devient le deuxième single en octobre 1991. Les deux morceaux encadrent ainsi la publication du disque avec deux histoires fondées sur l’ironie, mais issues de situations très différentes.

Une première place britannique, mais un accueil plus partagé

On Every Street paraît le 9 septembre 1991, sous le label Vertigo à l’international et Warner Bros. Records aux États-Unis. L’attente commerciale se traduit immédiatement dans les classements : l’album entre directement à la première place au Royaume-Uni et atteint également la tête de plusieurs classements européens. Ses ventes mondiales sont estimées à plusieurs millions d’exemplaires.

La comparaison avec Brothers in Arms demeure néanmoins inévitable. Les ventes d’On Every Street restent inférieures au phénomène représenté par son prédécesseur, tandis que la réception critique se montre plus mitigée. Plusieurs articles de l’époque jugent le disque inégal ou moins immédiatement marquant, tout en relevant l’écriture de Knopfler et le soin de la production.

Ce contraste accompagne durablement l’album : un numéro un britannique et européen, porté par un groupe revenant après une longue absence discographique, mais accueilli avec davantage de réserves que le disque précédent. Le résultat commercial reste conséquent sans reproduire l’ampleur atteinte six ans plus tôt.

Des répétitions de Bray Studios à la fin de Dire Straits

Avant même la sortie, Dire Straits prépare déjà le passage sur scène. Après la fin de l’enregistrement, de longues répétitions sont organisées à Bray Studios entre juin et août 1991. Ce travail annonce le dispositif déployé pour la tournée mondiale de 1991-1992, avec de nombreux concerts dans de grandes salles.

Cette tournée prolonge l’existence d’On Every Street, mais elle contribue également à épuiser Mark Knopfler. Le musicien se détourne progressivement du fonctionnement collectif, tandis que Dire Straits cesse ses activités au milieu des années 1990. L’album devient alors, sans avoir été publié comme un adieu officiel, le dernier chapitre studio du groupe.

Le catalogue de Dire Straits, dont On Every Street, sera ensuite remasterisé et réédité en CD en 1996 dans la plupart des territoires, puis en 2000 aux États-Unis. Il s’agit d’une réédition générale du catalogue, et non d’une édition conçue pour ce 35e anniversaire.

Trente-cinq ans après sa sortie, le disque conserve ainsi la trace d’une période très précise : celle d’un groupe reconstitué autour de quatre membres, entouré de musiciens de session et engagé dans plusieurs mois de studio avant une tournée éprouvante. D’une phrase entendue au téléphone aux longues répétitions de Bray Studios, On Every Street raconte surtout le dernier grand cycle de travail de Dire Straits avant sa dissolution.