Arctic Monkeys : AM a 13 ans, certaines chansons ont connu jusqu’à cinq versions


09 septembre 2026

Arctic Monkeys célèbre aujourd’hui les 13 ans de AM, sorti le 9 septembre 2013 au Royaume-Uni, en France et dans plusieurs pays européens. Né dans une petite salle de répétition de Los Angeles, le cinquième album du groupe s’est élaboré au fil d’essais prolongés, de démos partiellement conservées et de chansons plusieurs fois remaniées. Une méthode patiente qu’une blessure et l’arrivée d’un batteur invité sont même venues bousculer.

 

Dans le local de répétition d’Arctic Monkeys à Los Angeles, le travail commence sans dispositif spectaculaire. Le groupe installe un groove, tandis qu’Alex Turner, casque sur les oreilles, cherche mélodies et paroles avec un enregistreur cassette quatre pistes. C’est dans cet espace réduit, utilisé comme laboratoire, que prennent forme les premières idées de AM.

Un local de répétition transformé en base de travail

Le choix du lieu ne convainc pas immédiatement James Ford. Le producteur juge d’abord mauvaise l’idée d’enregistrer dans la propre salle de répétition du groupe, avant de changer d’avis en découvrant son acoustique. Cette pièce devient ainsi davantage qu’un endroit où préparer les morceaux : elle participe directement à leur fabrication.

Les séances suivent un rythme régulier, souvent de 11 heures à 20 heures selon Ford, avant des sorties le soir. Le producteur décrit une atmosphère calme et un travail étalé dans le temps. Les sessions principales conduisent également Arctic Monkeys à Sage & Sound Recording, à Los Angeles, puis à Rancho De La Luna, à Joshua Tree. James Ford assure la production, avec Ross Orton à la coproduction.

Après Suck It and See, paru en 2011, le groupe ne cherche donc pas à boucler rapidement son cinquième album. Le fonctionnement adopté laisse au contraire les chansons évoluer, parfois longtemps, jusqu’à ce que leur place et leur forme deviennent plus nettes.

Des idées déplacées d’une chanson à l’autre

Alex Turner expliquera que plusieurs titres sont arrivés à leur « quatrième ou cinquième incarnation ». Certaines idées migrent d’un morceau à l’autre au gré des réécritures et des nouveaux arrangements. AM ne résulte pas pour autant d’un effacement complet des premiers essais : une partie des démos brutes est conservée dans les versions définitives.

Cette coexistence entre fragments initiaux et transformations successives résume la méthode du disque. Le groupe ne choisit pas systématiquement entre la spontanéité d’une démo et la précision d’une version retravaillée. Il peut préserver un élément ancien tout en reconstruisant le morceau qui l’entoure.

La préparation de l’album avait d’ailleurs commencé à se manifester bien avant sa publication. « R U Mine? » paraît dès 2012, puis rejoint l’architecture de AM. Le titre sert ainsi de passerelle entre les premières étapes du projet et la campagne qui accompagnera finalement l’album en 2013.

« Do I Wanna Know? » donne un cap au disque

Au milieu de ces essais, une séance fournit au groupe un repère précis. Pour James Ford, l’enregistrement de « Do I Wanna Know? » correspond au moment où Arctic Monkeys atteint ce qu’il recherche pour l’album. Le producteur résume alors cette impression : « C’est exactement le son et le style que nous cherchions. »

Le morceau devient ensuite l’un des principaux points d’appui de la publication. Il sort le 19 juin 2013 comme deuxième single de AM, après « R U Mine? ». Le 11 août, « Why’d You Only Call Me When You’re High? » lui succède au Royaume-Uni, prolongeant la présentation progressive du disque avant son arrivée dans les bacs.

Cette chronologie éclaire la construction du projet : un titre existe depuis 2012, un autre permet de fixer le cap en studio, puis plusieurs singles préparent la sortie. L’album se dessine par étapes, à l’image de chansons dont les différentes versions ont parfois circulé longtemps avant d’être arrêtées.

Une blessure relance « Snap Out of It »

Le parcours de « Snap Out of It » montre à quel point un événement extérieur peut modifier une chanson. Alex Turner considère d’abord le morceau comme étant au point mort. La blessure à la main de Matt Helders oblige toutefois le groupe à poursuivre le travail avec Pete Thomas, batteur d’Elvis Costello.

L’enthousiasme de ce musicien invité change la situation. Arctic Monkeys reprend le titre, le retravaille et le conduit jusqu’à sa forme définitive. La chanson devient la sixième piste de AM, avant d’être publiée en single en 2014. Elle n’a donc pas lancé la campagne de l’album, mais sa fabrication offre l’un des épisodes les plus révélateurs des sessions : une ébauche abandonnée retrouve une direction à la faveur d’un remplacement imposé par les circonstances.

La place incertaine de « No. 1 Party Anthem »

Toutes les hésitations ne concernent pas l’état d’avancement des morceaux. Pour « No. 1 Party Anthem », Alex Turner s’interroge plutôt sur la cohérence de sa présence dans AM. Il craint que cette ballade ne détonne au milieu d’un album qu’il décrit comme plus nerveux.

Le chanteur finit néanmoins par considérer que le sujet et la mélodie rattachent suffisamment le morceau au reste du disque. Cette décision complète le tableau d’un album construit moins selon un plan figé que par une succession d’arbitrages : conserver une matière issue des démos, déplacer une idée, reprendre un titre au point mort ou maintenir une chanson dont la place semblait incertaine.

Une sortie échelonnée entre trois continents

La publication de AM s’effectue elle aussi en plusieurs temps. L’album paraît d’abord en Australie le 6 septembre 2013. Il sort le 9 septembre au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et dans plusieurs territoires européens, date dont le treizième anniversaire est célébré aujourd’hui. Les États-Unis suivent le 10 septembre. Domino Recording Company publie le disque.

Avant cette mise en vente, son identité visuelle avait été dévoilée le 15 juillet. La pochette repose sur un motif d’onde ou d’amplitude, avec le sigle AM placé au centre. Sa conception est créditée à Alex Turner et Matthew Cooper, donnant au titre très court de l’album une traduction graphique immédiatement lisible.

Dans les classements, AM atteint la première place en Irlande, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Les certifications recensées indiquent également sept disques de platine au Royaume-Uni. Aux États-Unis, la RIAA lui attribue une certification quatre fois platine en juin 2024, dernière certification américaine mentionnée dans les sources consultées.

Une méthode prolongée au-delà de l’album

Avec le recul, James Ford décrit sa relation avec Arctic Monkeys comme un partenariat créatif consolidé album après album. Cette continuité donne une conséquence durable aux longues séances de 2013 : au-delà des studios et des morceaux concernés, une manière de travailler ensemble s’est installée dans le temps.

Treize ans après sa sortie européenne, l’histoire de AM reste ainsi celle d’un disque construit par reprises successives. Du quatre-pistes utilisé au casque dans un local de Los Angeles à l’intervention décisive de Pete Thomas sur « Snap Out of It », les épisodes de sa fabrication montrent un groupe prêt à laisser ses chansons changer plusieurs fois avant de les considérer achevées.