02 septembre 2026
Le 2 septembre 1996, Neneh Cherry publiait Man, son troisième album studio solo. Trente ans plus tard, le disque célèbre aujourd’hui son anniversaire. Conçu autour de Cameron McVey, Jonny Dollar et Christian Falk, il rassemble un succès déjà mondial, des collaborations avec Youssou N’Dour et Tricky, ainsi que plusieurs dialogues avec l’histoire de la soul.
Lorsque Man paraît, l’une de ses chansons a déjà vécu plusieurs vies. « 7 Seconds » est sortie en single deux ans auparavant, a rejoint l’album The Guide (Wommat) de Youssou N’Dour et s’est imposée dans plusieurs pays. En l’intégrant à son propre disque en 1996, Neneh Cherry ne se contente pas de reprendre un succès antérieur : elle place au cœur de l’album une méthode fondée sur les rencontres, les langues et les échanges artistiques.
Un troisième album organisé autour des collaborations
Man arrive quatre ans après Homebrew et six ans après Raw Like Sushi. Neneh Cherry est alors déjà identifiée sur la scène pop et hip-hop internationale. Plutôt que de construire ce troisième album solo dans l’isolement, elle s’entoure principalement de Cameron McVey, Jonny Dollar et Christian Falk à la production.
Cette équipe inscrit le projet dans les croisements entre hip-hop, soul et trip hop qui entourent Cherry au milieu des années 1990. Le disque prend ainsi la forme d’un carrefour : certaines chansons viennent d’une collaboration récente, d’autres revisitent des œuvres plus anciennes, tandis qu’un invité comme Tricky relie directement l’album à la scène britannique de l’époque.
Le titre même de l’album trouve un premier écho dans « Woman », placé en ouverture. La chanson est explicitement conçue comme une réponse à « It’s a Man’s Man’s Man’s World », le titre de James Brown paru en 1966. Trente ans après ce morceau, Cherry en reprend la structure émotionnelle tout en renversant le point de vue.
« Woman », une réponse plutôt qu’une simple référence
Avec « Woman », Neneh Cherry ne choisit donc pas la reprise littérale. Les sources décrivent le morceau comme une relecture féminine du classique de James Brown, recentrée sur l’expérience des femmes. Sa position en tête de Man donne immédiatement une direction au disque : le passé musical y devient une matière avec laquelle discuter, répondre et déplacer les perspectives.
Un autre classique de la soul apparaît sous une forme différente. « Trouble Man » est cette fois une reprise du titre de Marvin Gaye. Sa présence montre Cherry dans un registre d’interprète, au-delà de ses propres compositions, et complète le dialogue engagé avec James Brown par « Woman ».
Ces deux chansons n’occupent pourtant pas seules cet espace de réappropriation. À leurs côtés, « Together Now » ouvre une autre porte grâce à la participation de Tricky. Cette collaboration rattache Man au trip hop britannique des années 1990 et fait coexister, dans un même projet, l’héritage de la soul et des partenaires associés à des courants plus expérimentaux.
« 7 Seconds », une chanson née entre plusieurs mondes
La trajectoire de « 7 Seconds » commence avant celle de l’album. Neneh Cherry initie une collaboration avec Youssou N’Dour, puis propose de coécrire une chanson antiraciste avec Cameron McVey et Jonny Dollar. Le morceau est enregistré en 1994, notamment au Power Play Studios de New York et au Studio Xippi de Dakar.
Cette géographie transatlantique se retrouve dans le choix des langues. N’Dour et Cherry chantent en wolof, en français et en anglais. Certains interlocuteurs souhaitent alors une version entièrement anglophone afin que les paroles soient comprises par tous. Cherry défend le dispositif initial par une réponse concise : « Mais tout le monde ne parle pas anglais ».
Le titre renvoie aux premières secondes de la vie d’un enfant, avant la prise de conscience des violences qui l’entourent. Neneh Cherry évoque ce moment comme celui où l’enfant vit « sans connaître les problèmes et la violence de notre monde ». Le choix de trois langues ne constitue donc pas un détail périphérique : il accompagne une chanson pensée pour dépasser un seul territoire.
Publié le 7 juin 1994, le single connaît notamment un parcours spectaculaire en France, où il reste numéro un pendant seize semaines consécutives, établissant alors un record. Lorsqu’il rejoint Man deux ans plus tard, « 7 Seconds » apporte au disque une histoire déjà internationale, mais aussi plusieurs figures centrales de sa fabrication : Youssou N’Dour, Cameron McVey et Jonny Dollar.
Un succès antérieur réinscrit dans Man
L’intégration de « 7 Seconds » pourrait donner l’impression d’un morceau simplement ajouté après son succès. Sa genèse révèle cependant combien il correspond au fonctionnement général de l’album. La chanson associe plusieurs auteurs, plusieurs studios, trois langues et deux artistes venus de trajectoires différentes. Elle concentre ainsi le principe qui traverse Man : avancer par alliances et par confrontations de points de vue.
« Woman » répond à James Brown, « Trouble Man » reprend Marvin Gaye, « Together Now » accueille Tricky et « 7 Seconds » prolonge la rencontre avec Youssou N’Dour. Ces morceaux ne racontent pas la même histoire, mais leur réunion donne au troisième album de Cherry une construction fondée sur le dialogue plutôt que sur une seule formule.
Une sortie européenne aux dates légèrement décalées
L’anniversaire célébré aujourd’hui correspond à la date du 2 septembre 1996, retenue par les bases discographiques anglophones pour la publication de Man chez Hut Records et Virgin Records. La chronologie européenne comporte toutefois une nuance : certaines discographies germanophones et des notices consacrées à « 7 Seconds » indiquent une première sortie le 30 août 1996, notamment en Allemagne.
Après sa publication, l’album atteint la cinquième place du classement suisse et y obtient une certification or. Il entre également dans le top 10 en Autriche, tout en obtenant des positions significatives au Royaume-Uni et en Allemagne. Ces résultats prolongent à l’échelle européenne l’exposition acquise par « 7 Seconds » dès 1994.
Trente ans d’un album bâti sur les échanges
La fabrication de Man apparaît finalement moins comme une ligne droite que comme un assemblage de conversations. Certaines traversent les frontières, de Dakar à New York. D’autres remontent vers la soul de James Brown et Marvin Gaye, ou se tournent vers la scène britannique représentée par Tricky.
Trente ans après sa sortie du 2 septembre 1996, l’album permet ainsi de retrouver Neneh Cherry au centre d’une constellation d’auteurs, de producteurs et d’interprètes. De la structure trilingue maintenue pour « 7 Seconds » au renversement opéré par « Woman », les épisodes de sa création racontent un disque construit en faisant de chaque rencontre une partie du projet.