28 août 2026
Roxette publiait Tourism: Songs from Studios, Stages, Hotelrooms & Other Strange Places le 28 août 1992 en Suède et en Europe. Trente-quatre ans plus tard, l’album célèbre aujourd’hui son anniversaire. Ni véritable live ni disque studio classique, ce quatrième projet du duo rassemble des archives, des concerts et des chansons enregistrées pendant la tournée Join the Joyride!, jusque dans un nightclub vide et une chambre d’hôtel.
Le 4 mai 1992, Roxette ne travaille pas dans un studio traditionnel. Le duo se trouve dans la chambre 603 de l’Alvear Palace Hotel, à Buenos Aires. C’est là que « Here Comes the Weekend » est écrite et enregistrée, tandis que « So Far Away » y prend également forme. Cette séance improvisée résume le principe de Tourism : faire de la tournée elle-même un espace de création.
Roxette invente son « album de tournée »
Le projet naît dans le prolongement de Joyride et de la tournée Join the Joyride! menée en 1991 et 1992. Plutôt que de réunir uniquement de nouvelles compositions réalisées dans un même studio, Per Gessle et Marie Fredriksson choisissent de conserver des traces de la vie du groupe sur la route. Les prises peuvent venir d’une scène, d’un hôtel, d’un studio professionnel ou d’un lieu temporairement réaménagé.
Roxette tient alors à distinguer ce disque d’un album live traditionnel. Les notes de pochette donnent une définition sans détour : « Ce n’est pas un album live, c’est un album de tournée. » La formule répond à la nature difficilement classable du projet, que certaines bases discographiques rangeront pourtant parmi les albums live.
Les captations de concerts n’en constituent qu’une partie. La majorité du contenu repose sur des prises studio ou semi-live, anciennes ou récentes, assemblées pour traduire la période vécue par le groupe. Per Gessle explique cette démarche en une phrase : « Nous voulions capturer l’énergie au sein du groupe. »
Une chambre 603 transformée en lieu de création
La séance de Buenos Aires pousse cette logique jusque dans l’intimité d’une chambre d’hôtel. « Here Comes the Weekend » n’y est pas seulement enregistrée : la chanson y est également écrite. Le lieu n’intervient donc pas comme un simple décor mentionné après coup, mais comme l’un des espaces où l’album se construit effectivement.
« So Far Away » est enregistrée le même jour dans cette chambre 603. En intégrant ces prises à Tourism, Roxette conserve dans le disque une étape précise de son itinéraire sud-américain. Le sous-titre de l’album — Songs from Studios, Stages, Hotelrooms & Other Strange Places — décrit ainsi littéralement sa méthode de fabrication.
À São Paulo, un nightclub vidé pour « Never Is a Long Time »
Douze jours après la séance de Buenos Aires, le dispositif change encore. Le 16 mai 1992, le 150 Nightclub de São Paulo est vidé de ses clients afin que Roxette puisse y enregistrer « Never Is a Long Time ». Une salle habituellement destinée au public devient, le temps de la prise, un studio temporaire.
Cette fois, le groupe ne cherche pas à reproduire les conditions d’un concert devant une foule. Il utilise un lieu de spectacle fermé au public, avec ce que cette configuration permet de conserver de l’environnement de la tournée. Entre la chambre d’hôtel argentine et le nightclub brésilien déserté, Tourism se développe au rythme des déplacements plutôt qu’autour d’une adresse unique.
Des archives de 1987 mêlées aux sessions de 1992
Le carnet de route ne se limite pourtant pas aux enregistrements réalisés pendant Join the Joyride!. Une part importante des séances récentes se déroule aux studios EMI de Stockholm entre mars et avril 1992, mais Roxette retourne aussi vers du matériel plus ancien. Des chansons et des maquettes envisagées pour Look Sharp! ou Joyride, puis écartées, trouvent une place dans ce nouvel assemblage.
« Silver Blue » montre précisément comment ces époques sont réunies. La version présente sur l’album combine des enregistrements effectués à Stockholm en septembre 1987, en mai 1988 et en avril 1992. Plutôt que de séparer archives et actualité, le duo met à jour les premières au moyen des secondes.
« Cinnamon Street » et « Fingertips » participent également à ce mélange de titres plus anciens, de maquettes remasterisées et de nouveau matériel. Tourism ne raconte donc pas seulement une succession de villes visitées en 1991 et 1992 : il fait aussi circuler Roxette entre plusieurs périodes de son propre travail.
De Los Angeles à Sydney, les chansons changent de cadre
À Los Angeles, Roxette reprend « It Must Have Been Love » au lieu de réutiliser l’enregistrement déjà connu. Le duo en réalise une version country, distincte de celle employée pour Pretty Woman. Cette relecture inscrit la chanson dans le projet nomade de Tourism et montre que les anciens succès peuvent eux aussi être remodelés par le voyage.
D’autres morceaux entrent dans l’album directement depuis la scène. Les versions de « The Look » et « Joyride » ont été captées à Sydney en décembre 1991 pendant la tournée mondiale. « Things Will Never Be the Same » provient elle aussi d’une captation réalisée sur la route. Ces enregistrements donnent au disque sa dimension live sans en faire pour autant le compte rendu intégral d’un concert.
L’alternance devient le véritable principe de montage : une chanson revisitée à Los Angeles peut côtoyer une prise de Sydney, un enregistrement réalisé à Stockholm ou une séance improvisée en Amérique du Sud. L’unité ne vient pas d’un studio ni d’une seule période de composition, mais de l’expérience de la tournée.
« Fingertips », du disque au single retravaillé
La publication prolonge encore cette logique de transformation. « How Do You Do! » est choisi comme premier single, avant « Queen of Rain ». Sur l’album, « Fingertips » apparaît d’abord sous une forme acoustique. La chanson est ensuite retravaillée dans une version plus électrique et publiée sous le titre « Fingertips ’93 ».
Tourism sert ainsi non seulement à rassembler des prises venues de contextes différents, mais aussi de point de départ à une nouvelle évolution après sa sortie. Le disque paraît principalement le 28 août 1992 en Suède et en Europe, date retenue pour son anniversaire. Les calendriers varient toutefois selon les marchés : le Royaume-Uni est associé au 24 août, tandis que l’édition américaine est référencée au 6 octobre.
Un format hybride accueilli dans plusieurs pays
Malgré sa construction inhabituelle, l’album atteint la première place ou s’approche du sommet des classements en Suède, en Allemagne, en Suisse, en Espagne et en Australie. Il reçoit également plusieurs certifications d’or et de platine dans ces territoires. Ces résultats montrent que le public de Roxette a suivi le duo dans ce format situé entre nouveau disque, document de tournée et réemploi d’archives.
Trente-quatre ans après sa sortie, Tourism apparaît surtout comme le produit d’une décision précise : ne pas interrompre la route pour simuler un cycle studio conventionnel. Roxette choisit au contraire d’intégrer les déplacements, les scènes et les lieux de passage à la fabrication même du disque.
La chambre 603 de Buenos Aires, le nightclub désert de São Paulo, les studios de Stockholm, Los Angeles et la scène de Sydney finissent ainsi par appartenir au même récit. C’est cette géographie éclatée, davantage que la distinction entre live et studio, qui permet de comprendre aujourd’hui la singularité du quatrième album de Roxette.