20 octobre 2026
Mark King célèbre ce 20 octobre son 68e anniversaire. Avant de devenir le chanteur-bassiste de Level 42, il jouait de la batterie : un changement d’instrument, amorcé après une tournée européenne difficile, allait placer la basse au centre d’un son immédiatement reconnaissable.
La basse n’était pas le premier instrument de Mark King. À la fin des années 1970, le musicien anglais se voyait encore comme un batteur. Une tournée européenne qu’il a lui-même décrite comme désastreuse participe alors à un changement de direction. Elle n’explique pas seule la suite de son parcours, mais elle agit comme l’un des déclencheurs d’un virage décisif : King se tourne vers la basse.
Ce déplacement ne se fait pas sans repères. Il écoute notamment Jack Bruce, le bassiste de Cream, et s’intéresse à Return to Forever. Entre le poids du rock et la virtuosité du jazz-rock, il trouve progressivement un terrain personnel. Son jeu percussif conserve quelque chose de son premier instrument : chez lui, la basse ne se contente pas d’accompagner, elle frappe, relance et organise le morceau.
Quatre amis, un lundi soir et la naissance de Level 42
Arrivé à Londres à 19 ans, Mark King participe à la formation de Level 42 à la fin de 1979 ou au début de 1980 avec Phil Gould, Boon Gould et Mike Lindup. À l’origine, le groupe n’est pas encore une entreprise lancée à la conquête des classements. Ce sont quatre amis qui se retrouvent notamment le lundi soir pour jouer et passer du temps ensemble.
Cette dynamique collective devient rapidement essentielle. Phil Gould tient la batterie, Boon Gould la guitare, Mike Lindup les claviers, tandis que Mark King s’installe à la basse. Les premières compositions se construisent dans ce cadre, entre jazz-funk et recherche de chansons plus directes. Pour Love Meeting Love, premier single de Level 42, le producteur Andy Sojka retient un riff parmi les idées proposées. King joue la basse sur l’enregistrement et gardera un attachement particulier à ce morceau.
Sa technique de slap s’impose bientôt comme l’une des caractéristiques majeures du groupe. La basse devient mélodique, rythmique et spectaculaire sans perdre sa fonction motrice. Level 42 évoluera vers une pop plus accessible, mais cet instrument restera au premier plan. Les titres du groupe, porté par le jeu et la voix de Mark King, figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Quand le bassiste passe au premier plan
Mark King n’était pas destiné, au départ, à devenir le principal visage de Level 42. Bassiste et chanteur occasionnel, il prend progressivement davantage de place au micro. Autour de l’album The Pursuit of Accidents, en 1982, il s’affirme comme chanteur principal. Le changement transforme sa présence : il doit désormais assurer simultanément des lignes de basse très actives et le chant.
Cette évolution accompagne celle du groupe. Sans abandonner ses fondations jazz-funk, Level 42 resserre son écriture et développe des chansons capables de toucher un public plus large. Le tournant international arrive avec World Machine, sorti en 1985. Something About You atteint la sixième place au Royaume-Uni et entre dans le top 10 américain.
Le morceau résume bien la nature collective de Level 42. Phil Gould propose d’abord une progression d’accords destinée au refrain. L’idée reste en attente avant de trouver sa place. Boon Gould apporte ensuite les paroles, puis Mark King ajoute la mélodie et la suite d’accords du couplet. L’un des grands succès du groupe ne vient donc pas d’une inspiration solitaire, mais d’éléments apportés successivement par trois de ses membres.
Des idées saisies entre une tondeuse et un clavier
Mark King ne revendique pas de méthode de composition fixe. Une idée peut apparaître devant un clavier comme au milieu d’une activité ordinaire. Il a ainsi raconté qu’une phrase musicale pouvait lui venir en tondant la pelouse, au point de devoir interrompre son travail pour la retenir. L’anecdote éclaire une écriture intuitive, nourrie par des fragments qu’il faut ensuite organiser.
La préparation de Running in the Family offre une autre image concrète de cette méthode. King travaille alors dans le loft de sa maison à Streatham, où il dispose d’un petit studio huit pistes à bandes. Les maquettes peuvent y prendre forme avant le passage à un environnement professionnel. Le groupe utilise volontiers les technologies disponibles et accorde une attention soutenue à la qualité sonore, notamment au travail réalisé sur les consoles SSL.
Lessons in Love ouvre le projet Running in the Family. Plus tard, King cherche aussi à reprendre la chanson sous un autre angle et retrouve Mike Lindup en studio pour développer de nouvelles idées. Ce retour sur un titre déjà établi montre que, pour lui, une composition peut continuer à évoluer au-delà de sa première forme.
Une identité construite sans effacer le groupe
Le parcours de Mark King pourrait se résumer à une transformation spectaculaire : un batteur devenu l’un des bassistes les plus identifiables de la pop britannique, puis un musicien de section devenu chanteur principal. Mais cette trajectoire ne s’est jamais construite dans l’isolement. Les premiers riffs, les arrangements et les chansons décisives portent les contributions de Phil Gould, Boon Gould, Mike Lindup, des producteurs et de King lui-même.
À 68 ans, son histoire reste ainsi attachée à un geste musical précis autant qu’à un fonctionnement collectif. Derrière le slap qui a défini le son de Level 42, on retrouve encore le sens rythmique du batteur des débuts, les réunions informelles du lundi soir et ce petit huit-pistes installé dans un loft de Streatham.
Sources et pour aller plus loin
L’interview de Mark King publiée par Brighton and Hove News revient sur son passage de la batterie à la basse et sur sa manière intuitive de composer. L’entretien de Hi-Fi+ consacré à Mark King et Level 42 détaille le tournant de World Machine, la construction collective de Something About You et les choix techniques du groupe en studio.
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