East of the Sun, West of the Moon | a-ha | 36 ans | 22 octobre 1990 | Le virage organique conçu dans la désunion


22 octobre 2026

Il y a 36 ans aujourd’hui, a-ha publiait East of the Sun, West of the Moon, un disque conçu pour éloigner le trio de son image précédente. Ce changement de cap, plus organique et davantage porté par les guitares, s’est pourtant construit pendant une période de profondes tensions internes.

Au moment de réaliser son quatrième album studio, a-ha cherche à sortir du personnage auquel son succès l’a associé. Le groupe norvégien adopte une présentation plus adulte et déplace son centre de gravité musical, en accordant une place accrue aux guitares. Cette transformation ne naît cependant pas d’un élan collectif parfaitement coordonné. Morten Harket résumera plus tard la situation en une phrase sans détour : « We weren’t together as a band. » Le chanteur décrit alors un groupe qui n’est pas réellement concentré sur le disque, chacun tentant de résoudre ses propres problèmes.

Changer de visage sans véritable unité

Ce contexte donne à East of the Sun, West of the Moon une place particulière dans le parcours d’a-ha. Le disque ne se contente pas de prolonger la formule des albums précédents : il accompagne une volonté explicite de rompre avec l’image pop synthétique des années 1980. La mutation concerne à la fois la présentation du trio et sa manière d’aborder les chansons, avec une orientation plus organique.

Le titre de l’album participe lui aussi à ce recentrage. East of the Sun, West of the Moon renvoie à un conte populaire norvégien. Ce choix rattache le projet à une référence venue du pays d’origine du groupe, au moment même où a-ha cherche une identité moins strictement enfermée dans son image antérieure. Il ne s’agit donc pas seulement d’une formule évocatrice : le titre accompagne le changement esthétique engagé par le trio.

La fabrication repose sur deux producteurs, Christopher Neil et Ian Stanley, ancien membre de Tears for Fears. Plutôt que de confier l’ensemble à une seule personne, a-ha répartit les morceaux entre eux. Christopher Neil prend notamment en charge I Call Your Name, Slender Frame et Sycamore Leaves, tandis qu’Ian Stanley produit entre autres Early Morning, la chanson-titre, Waiting for Her et (Seemingly) Nonstop July. Cette production partagée donne une structure concrète à un album réalisé alors que l’unité du groupe est fragilisée.

Une reprise placée au seuil du disque

Le premier morceau entendu est aussi l’un des choix les plus visibles du projet. a-ha ouvre l’album avec Crying in the Rain, une chanson écrite par Carole King et Howard Greenfield. Le trio, jusque-là surtout associé à ses propres compositions, place ainsi une reprise en tête du disque et en fait également son premier single.

Ce geste contribue immédiatement au changement de perspective. Avant même que les nouvelles compositions du groupe ne se déploient, l’album commence par la réinterprétation d’une chanson venue d’un autre répertoire. Crying in the Rain n’est donc pas reléguée au rang de curiosité ou de complément : elle occupe la position stratégique de l’ouverture et sert de première présentation publique au projet.

Ce choix permet aussi de comprendre que le virage de l’album ne repose pas sur une seule décision de studio. Le titre, la présentation du groupe, la place nouvelle des guitares et cette reprise installée dès les premières minutes convergent vers le même mouvement : a-ha tente de se redéfinir, même si ses trois membres traversent cette étape sans la cohésion que leur réussite pouvait laisser imaginer.

Le saxophone de I Call Your Name

I Call Your Name raconte une autre facette de cette fabrication. La chanson est coécrite par Pål Waaktaar-Savoy et Magne Furuholmen, puis confiée à Christopher Neil. Nick Davis en assure l’enregistrement et le mixage, tandis que Phil Todd intervient au saxophone. Ce détail d’arrangement inscrit précisément le morceau dans le travail de transformation sonore entrepris pour l’album.

Devenue le deuxième single, la chanson associe donc deux membres du groupe à l’écriture tout en faisant intervenir plusieurs collaborateurs dans sa réalisation. Elle illustre la façon dont East of the Sun, West of the Moon s’est construit : non autour d’un producteur unique ou d’une dynamique collective apaisée, mais par une succession de contributions réparties entre auteurs, producteurs, techniciens et musiciens invités. I Call Your Name, également diffusé sur RADIO COLLECTION, demeure l’un des points d’entrée de cette période de transition.

Un virage qui trouve son public

Au Royaume-Uni, l’album atteint la 12e place du classement et reste quatre semaines dans le Top 100. Ce résultat accompagne un disque qui prend le risque de modifier la représentation d’a-ha plutôt que de reproduire à l’identique son image installée. Sa trajectoire commerciale ne gomme pas les difficultés de sa conception, mais montre que ce nouveau visage du groupe a trouvé une audience.

Trente-six ans après sa publication, l’élément le plus frappant reste ce contraste : a-ha cherche alors à affirmer une identité plus adulte au moment même où ses membres ne fonctionnent plus réellement comme une unité. Entre la reprise placée en ouverture, le partage de la production et le saxophone de I Call Your Name, le disque porte les traces concrètes de cette réinvention menée dans la désunion.

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