12 septembre 2026
Sorti le 12 septembre 1995, Circus fête aujourd’hui ses 31 ans. Après le succès d’Are You Gonna Go My Way, Lenny Kravitz choisissait d’ouvrir son quatrième album studio par une charge contre l’état du rock et de donner au disque un titre qui exprimait son regard sur le milieu musical.
Le premier son de Circus porte déjà une déclaration sans détour : Rock and Roll Is Dead. En plaçant ce morceau-manifeste à l’entrée de l’album, Lenny Kravitz ne ménage pas de transition avec la période précédente. Le musicien y adresse un regard critique sur le rock et son industrie au milieu des années 1990. Le titre du disque prolonge cette idée : le « cirque » devient l’image choisie pour encadrer un album né au moment où Kravitz doit composer avec une popularité devenue considérable.
La situation est particulière. Avant Circus, le chanteur et multi-instrumentiste a publié Let Love Rule en 1989, Mama Said en 1991 puis Are You Gonna Go My Way en 1993. Ce troisième disque l’a installé parmi les grandes figures du rock grand public du début de la décennie. Son successeur n’est donc pas celui de la découverte, mais celui de l’après-succès : un album attendu, enregistré en 1994 et 1995, alors que chaque nouvelle chanson doit désormais se mesurer à une exposition internationale.
Kravitz reste aux commandes après le succès
Pour ce quatrième album, Lenny Kravitz conserve la maîtrise de sa fabrication. Il en est le producteur principal et intervient comme multi-instrumentiste, poursuivant ainsi une méthode déjà centrale dans son travail. Un film promotionnel réalisé à l’époque le montre en studio, entouré de son groupe, expliquant comment les morceaux ont été enregistrés. Il y revient également sur le choix de Circus comme titre général, reliant directement le processus de création au regard qu’il porte alors sur son environnement professionnel.
Cette parole d’époque permet de saisir la cohérence du projet sans transformer le disque en simple règlement de comptes. Circus ne se résume pas à son ouverture provocatrice. Il organise plutôt une tension entre la position publique de Kravitz, désormais solidement établi, et sa volonté de commenter le spectacle qui l’entoure. La critique de l’industrie n’est pas ajoutée après coup à l’histoire de l’album : elle apparaît dès le titre, dans sa promotion et au seuil même de la tracklist.
La chanson Circus, coécrite par Lenny Kravitz avec Gerry DeVeaux et Terry Britten, donne un centre au dispositif. Elle devient le deuxième single du disque à la fin de 1995, avec un envoi aux radios rock américaines le 6 novembre, puis une parution en vinyle au Royaume-Uni le 11 décembre. Après le coup d’éclat de Rock and Roll Is Dead, ce choix ramène donc le public vers le mot qui résume l’album et vers l’idée que Kravitz avait lui-même choisi de mettre en avant.
Un disque critique, mais largement adopté
Le discours désenchanté de Circus n’empêche pas l’album de rencontrer un public important. Publié par Virgin Records America le 12 septembre 1995, il atteint la dixième place du Billboard 200 aux États-Unis. Son parcours est encore plus élevé dans plusieurs pays : numéro un aux Pays-Bas et en Norvège, numéro deux au Canada, numéro trois en France, numéro cinq en Autriche, numéro sept en Allemagne et en Suisse, et numéro huit en Australie.
Ces résultats dessinent une trajectoire réellement internationale. Le disque obtient notamment une certification or aux États-Unis et au Royaume-Uni, ainsi qu’en France, aux Pays-Bas et en Suisse. Après l’ampleur d’Are You Gonna Go My Way, Kravitz ne disparaît donc pas derrière son propre succès précédent. Il transforme au contraire un album au propos critique en nouveau rendez-vous commercial majeur, capable de s’imposer simultanément en Amérique du Nord et dans plusieurs marchés européens.
La place prise par certaines chansons dépasse aussi la seule campagne de lancement. Can’t Get You Off My Mind, présent sur la tracklist originale, demeure l’un des morceaux régulièrement retenus dans les sélections consacrées à Circus, sur les plateformes comme dans les programmations radio. Entre le manifeste initial, la chanson-titre et ce morceau durablement associé au disque, l’album ne repose pas sur une unique formule : il possède plusieurs portes d’entrée, chacune révélant une facette différente de ce quatrième chapitre.
Vingt-quatre titres pour rouvrir le dossier
En 2025, le trentième anniversaire a donné lieu à une nouvelle édition digitale deluxe publiée sous la bannière UMG/Universal. Avec 24 morceaux et plus de deux heures de contenu, cette version a replacé Circus au premier plan du catalogue de Lenny Kravitz. La communication officielle rappelait alors la date exacte de la parution originale et son entrée dans le top 10 du Billboard 200, deux repères qui résument la double identité du disque : une œuvre très située dans les interrogations de 1995 et un succès chiffré sans ambiguïté.
À 31 ans, Circus conserve ainsi une singularité nette dans la première partie de la discographie de Kravitz. Il arrive après trois albums qui ont construit son ascension et juste avant les explorations sonores ultérieures de 5. Mais son geste le plus révélateur reste celui de son ouverture : au sommet de sa visibilité, son auteur choisit de ne pas célébrer le spectacle. Il lance plutôt Rock and Roll Is Dead, puis fait entrer l’auditeur sous le chapiteau.