Un single, des familiers de Roxy Music et quelques jours d’élan : ainsi Bryan Ferry bâtit Let’s Stick Together

Sorti le 10 septembre 1976, Let’s Stick Together célèbre aujourd’hui ses 49 ans. Le troisième album solo studio de Bryan Ferry est né dans le sillage immédiat de sa chanson-titre, avant de réunir reprises, matériel personnel et morceaux liés à Roxy Music.

Tout commence par un titre, avant même qu’un album ne prenne forme. En mai 1976, Bryan Ferry publie sa version de Let’s Stick Together, une chanson de Wilbert Harrison. Le single trouve son public au Royaume-Uni, où il reste dix semaines dans les classements. Quelques mois plus tard, il donnera son nom et son impulsion à un disque conçu rapidement, au moment où Roxy Music est en pause et où la carrière individuelle de son chanteur gagne en visibilité.

Ferry a lui-même résumé cette genèse sans la charger de légende : « We recorded the single, “Let’s Stick Together”, first. » La priorité était donc claire. La reprise a précédé le reste, puis sa bonne réception a accompagné la constitution de l’album. Plutôt qu’un projet pensé comme un bloc conceptuel, Let’s Stick Together s’est assemblé autour de plusieurs composantes : des reprises, des enregistrements solo et du matériau déjà lié à Roxy Music.

À AIR Studios, une session menée sans détour

Le travail se déroule à AIR Studios, à Londres, un lieu que Ferry décrira comme un très bon studio. Son souvenir insiste surtout sur la vitesse et l’atmosphère des séances : « It was all done very quickly, with a great spirit. » Cette formule éclaire la nature du disque. Sa cohérence ne vient pas d’un long programme arrêté à l’avance, mais d’un mouvement collectif et d’une méthode suffisamment souple pour accueillir des musiciens venus d’horizons proches.

La chanson-titre marque notamment la première collaboration de Ferry avec le guitariste Chris Spedding. Le chanteur ne dissimule pas son admiration : « He was, and is, a really great guitar player. » Cette rencontre apporte une figure nouvelle au dispositif, sans rompre pour autant avec le cercle déjà familier de Ferry. Autour d’eux apparaissent Paul Thompson, John Wetton, Phil Manzanera, Eddie Jobson, Mel Collins, Chris Mercer et John Gustafson.

Cette distribution étendue ne correspond pas à un groupe de studio fixe. Elle montre plutôt Ferry puisant dans un réseau de collaborateurs, certains directement associés à l’univers de Roxy Music, en fonction des morceaux. Phil Manzanera et John Gustafson participent ainsi à certains titres, tandis que Re-Make/Re-Model réintroduit explicitement dans le projet solo un morceau lié au répertoire de Roxy Music.

La fabrication repose également sur une équipe technique précise. Bryan Ferry partage la production avec Chris Thomas, tandis que Steve Nye et John Punter assurent l’ingénierie. Sur Shame, Shame, Shame, l’arrangement de cordes signé Ann O’Dell illustre une autre possibilité offerte par cette formule ouverte : le disque peut changer de traitement d’un titre à l’autre sans se limiter à un seul noyau instrumental.

Jerry Hall, un clip express et des cris en renfort

La rapidité ne concerne pas seulement les séances en studio. Jerry Hall intervient sur Let’s Stick Together en ajoutant des cris de soutien, puis apparaît dans le clip de la chanson, lui aussi tourné très vite. Ce détail prolonge l’énergie pragmatique de l’enregistrement : le morceau est réalisé, mis en images et lancé avant que l’album n’arrive dans les bacs.

Ferry conservera pourtant une préférence pour l’enregistrement original de Wilbert Harrison plutôt que pour sa propre reprise. L’aveu donne au morceau un statut singulier. Il ne s’agit pas, dans son esprit, de prétendre effacer le modèle. Sa version devient néanmoins la pièce autour de laquelle tout le projet s’organise, jusqu’à lui transmettre son titre.

Ce point de départ explique aussi pourquoi Let’s Stick Together résiste à une définition trop simple. Ce n’est pas une compilation pure, mais un album studio hybride. Ferry y rassemble des sources différentes au lieu de dissimuler leurs origines : une reprise placée au premier plan, d’autres chansons retravaillées, du matériel solo et des échos directs de Roxy Music. En pleine pause du groupe, le chanteur ne coupe donc pas les liens avec ses partenaires ni avec son répertoire antérieur. Il les redistribue sous son propre nom.

Un disque-charnière plutôt qu’une rupture

Lorsqu’il paraît le 10 septembre 1976, Let’s Stick Together est le troisième album solo studio de Bryan Ferry. Island Records le publie au Royaume-Uni, tandis qu’Atlantic Records prend en charge l’Amérique du Nord. Des éditions en vinyle et en cassette circulent également dans plusieurs territoires au cours du mois de septembre.

L’album atteint la 19e place au Royaume-Uni. Aux États-Unis, il se classe 160e : un résultat plus modeste, alors que sa présence dans les classements de plusieurs pays confirme une circulation internationale. Cette trajectoire prolonge celle du single sans la reproduire exactement. La chanson-titre demeure le moteur le plus visible, mais le disque qui l’entoure documente surtout un moment de bascule dans le parcours de Ferry.

Cette transition ne prend pas la forme d’une déclaration de rupture avec Roxy Music. Elle se joue dans l’organisation du travail : Ferry assume son troisième projet studio personnel, coproduit l’ensemble, engage pour la première fois Chris Spedding et continue parallèlement à travailler avec plusieurs musiciens de son entourage habituel. L’identité solo se précise ainsi par assemblage, dans un album où la continuité et le déplacement avancent ensemble.

En 2021, une édition remasterisée en vinyle a remis ce disque en circulation. Présentée comme issue des bandes originales, elle a également bénéficié d’une supervision de Bryan Ferry pour son traitement visuel. Quarante-neuf ans après la sortie initiale, Let’s Stick Together conserve ainsi la trace très concrète de son point de départ : une reprise enregistrée la première, une nouvelle collaboration à la guitare et un album monté rapidement dans l’élan du single.