Les Pretenders célèbrent aujourd’hui les 31 ans de The Isle Of View, un album live acoustique né d’une performance télévisée à Londres. Avec Stephen Street et le Duke Quartet, le groupe y transforme plusieurs classiques de son répertoire, tandis que Chrissie Hynde s’empare de la chanson qu’elle aurait aimé écrire : Creep de Radiohead.
Le 1er mai 1995, aux Jacob Street Studios de Londres, les Pretenders ne cherchent pas simplement à jouer moins fort. Devant les caméras d’une performance télévisée, le groupe reprend son répertoire dans un dispositif acoustique où les cordes occupent une place décisive. Enregistré et filmé ce jour-là, The Isle Of View conserve cette rencontre entre une formation de tournée déjà soudée et des arrangements conçus pour déplacer des chansons connues vers un autre cadre.
Le disque, paru le 16 octobre 1995, fête aujourd’hui ses 31 ans. Il constitue un instantané de la période Last Of The Independents : Chrissie Hynde y retrouve les musiciens qui accompagnaient alors les Pretenders sur scène, mais leur énergie collective est soumise à une nouvelle contrainte. Guitares acoustiques et cordes ne gomment pas la tension du groupe ; elles l’obligent à prendre d’autres chemins.
Pour produire cette séance, les Pretenders font appel à Stephen Street. Celui-ci avait rencontré Chrissie Hynde à l’occasion d’une collaboration autour d’un titre d’hommage à Jimi Hendrix. Sur The Isle Of View, son rôle consiste à encadrer une performance qui ne relève ni du concert électrique traditionnel ni d’un simple passage en studio : l’enregistrement doit aussi fonctionner comme un programme filmé.
Ce changement de format repose sur un choix essentiel : associer le groupe au Duke Quartet. Le quatuor apporte ses cordes à de nombreux arrangements et fait ressortir une facette plus douce de la voix comme de l’écriture de Chrissie Hynde. Les Pretenders ne sont pourtant pas remplacés par cet habillage orchestral. La formation issue de la tournée reste au centre du projet, ce qui permet au disque de conserver une dimension scénique malgré son dépouillement.
Cette combinaison explique l’identité particulière de The Isle Of View. L’album n’isole pas Hynde de son groupe et ne transforme pas son catalogue en récital solennel. Il documente plutôt une formation habituée à la scène, invitée à réorganiser ses équilibres en compagnie de quatre instrumentistes supplémentaires. Le titre lui-même joue avec l’expression anglaise « I love you », mais c’est surtout la performance qui donne au projet son unité.
Plusieurs chansons emblématiques servent de points de repère à cette transformation. Private Life gagne une intimité sombre dans sa nouvelle présentation. Kid prend une tournure plus rêveuse, tandis que Brass In Pocket adopte une allure plus légère et assurée. Ces relectures ne consistent donc pas à appliquer une même recette acoustique à l’ensemble du répertoire : chacune déplace différemment l’accent de la chanson originale.
Le Duke Quartet joue ici un rôle narratif autant que musical. Ses interventions permettent aux morceaux de changer de proportions sans perdre la présence de Chrissie Hynde. Sa voix, moins entourée par la puissance d’un dispositif rock électrique, devient l’un des principaux fils conducteurs de la séance. Ce contraste entre douceur des arrangements et intensité de l’interprétation fut d’ailleurs relevé lors de la sortie par le Los Angeles Times, qui attribua trois étoiles et demie sur quatre à l’album.
Cette manière de revisiter des chansons déjà installées dans le répertoire donne au disque une fonction différente de celle d’une compilation. The Isle Of View ne se contente pas de rassembler des titres connus : il fixe un moment où les Pretenders acceptent de les remettre en jeu. L’album, également diffusé sur RADIO COLLECTION, vaut ainsi autant pour les chansons retenues que pour la façon dont la formation de 1995 les réorganise.
La surprise la plus forte liée à cette période vient d’un autre groupe britannique. Chrissie Hynde intègre alors Creep de Radiohead au répertoire des Pretenders et la présente comme « the song I wish I wrote », soit « la chanson que j’aurais aimé écrire ». Cette déclaration dit directement son admiration, sans qu’il soit nécessaire de prêter à la reprise une signification supplémentaire.
Une performance du 1er mai 1995 réunit Hynde, les Pretenders et le Duke Quartet autour de Creep. La chanson ne figure pas dans la liste principale des quatorze titres de l’édition CD de The Isle Of View, mais elle appartient bien à la session et à l’histoire de cette période. Sa présence éclaire le projet sous un autre angle : au moment où le groupe transforme ses propres classiques, Hynde choisit aussi de confronter cette formation acoustique à une composition contemporaine qu’elle admire ouvertement.
La trajectoire commerciale de l’album restera mesurée mais réelle. Au Royaume-Uni, The Isle Of View atteint la 23e place du classement des albums et demeure cinq semaines dans le Top 100. Trente et un ans plus tard, son image la plus parlante reste cependant celle des Jacob Street Studios : les Pretenders, un quatuor à cordes et Chrissie Hynde faisant d’une contrainte acoustique l’occasion de regarder autrement leur propre répertoire.
Le récit de la séance, le rôle de Stephen Street, la présence de la formation de tournée et la contribution du Duke Quartet sont détaillés dans le dossier Deep Dive consacré à The Isle Of View par Rhino. L’archive Pretenders 977 Radio consacrée à Creep documente la performance réunissant le groupe et le quatuor le 1er mai 1995.
La critique contemporaine du Los Angeles Times apporte une description précise des transformations de Private Life, Kid et Brass In Pocket, ainsi que la formule employée par Chrissie Hynde pour présenter Creep.
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