Sorti le 12 septembre 1983, « Labour of Love » célèbre aujourd’hui ses 43 ans. Avec ce quatrième album studio, UB40 délaisse provisoirement ses propres compositions pour reprendre les classiques reggae de sa jeunesse, avant de voir « Red Red Wine » connaître deux triomphes séparés par cinq années.
En 1983, UB40 aurait pu simplement prolonger la formule qui l’avait installé parmi les principales figures du reggae britannique. Ses premiers albums et plusieurs singles avaient déjà offert au groupe une forte visibilité au Royaume-Uni. Pour son quatrième disque studio, il choisit pourtant une autre voie : ne proposer aucune nouvelle collection de compositions originales, mais revenir aux chansons reggae qui avaient accompagné sa formation musicale.
Le titre résume cette démarche : « Labour of Love » est un travail d’amour, un album entièrement consacré à des morceaux existants. UB40 puise dans les classiques jamaïcains des années 1960 et 1970, ceux qui circulaient notamment dans la culture des sound systems et parmi les singles écoutés par ses membres durant leur jeunesse. Le disque ne se présente donc pas comme une parenthèse détachée de leur parcours, mais comme une remontée vers les fondations de leur musique.
Ce choix comporte une part de risque. UB40 vient de construire sa réputation avec ses propres chansons ; le groupe décide désormais de consacrer un album complet à celles des autres. Plutôt que d’aligner des reproductions, il reprend ce répertoire avec sa formation collective et ses propres arrangements. L’unité du projet repose ainsi sur le son du groupe, davantage que sur la présence d’invités ou sur une succession de producteurs extérieurs.
La production est assurée par UB40 avec Pablo Falconer. Ce crédit partagé souligne le contrôle conservé par les musiciens sur la transformation de ces titres anciens en un véritable album de groupe. Les détails précis des séances restent peu documentés, mais la conception générale est nette : « Labour of Love » rassemble des reprises choisies comme un hommage aux classiques reggae qui ont nourri UB40.
Le disque paraît le 12 septembre 1983 au Royaume-Uni sous le label DEP International, avec une distribution assurée par Virgin. Il traverse ensuite l’Atlantique : l’édition américaine publiée par A&M Records arrive le 27 septembre, environ deux semaines après la sortie britannique. Cette diffusion sur plusieurs marchés va donner au projet une portée dépassant largement le cadre d’un hommage destiné aux connaisseurs de reggae.
La chanson qui ouvre le plus largement cette porte est « Red Red Wine ». UB40 ne construit pas sa version en partant directement de l’original de Neil Diamond : le groupe s’appuie sur l’exemple d’une adaptation reggae antérieure. Le morceau rejoint ainsi parfaitement le principe de « Labour of Love » : reprendre une chanson déjà connue, mais à travers la mémoire et les codes du reggae écouté par les membres de UB40.
En 1983, le résultat devient numéro un au Royaume-Uni. « Red Red Wine » atteint également la première place au Canada, en Irlande, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et au Zimbabwe. Un disque pensé comme un retour vers les références musicales de la jeunesse du groupe fournit ainsi à UB40 un succès international immédiat.
L’album ne se réduit cependant pas à ce seul titre. « Please Don’t Make Me Cry », reprise d’une chanson de Winston Groovy, se classe elle aussi dans le top 20 britannique. UB40 enregistre également « Many Rivers to Cross », morceau écrit et popularisé à l’origine par Jimmy Cliff. Cette nouvelle version rejoint à son tour le top 20 au Royaume-Uni. Autour de « Red Red Wine », ces singles montrent que le public accueille le projet comme un album actuel de UB40, et non comme un simple exercice rétrospectif.
« Labour of Love » atteint une place élevée dans les classements britanniques et figure parmi les plus grands succès discographiques du groupe. Ses performances se prolongent par plusieurs certifications dans différents territoires, notamment au moins un disque de platine décerné aux États-Unis par la RIAA, ainsi que des certifications en Europe et en Nouvelle-Zélande.
L’histoire de « Red Red Wine » ne s’arrête pas à son succès de 1983. Cinq ans plus tard, UB40 interprète la chanson à Wembley lors du concert organisé pour le 70e anniversaire de Nelson Mandela. Cette prestation accompagne une nouvelle vague de diffusions sur les radios américaines et conduit à la réédition du single aux États-Unis.
En 1988, le morceau atteint finalement la première place du Billboard Hot 100. La trajectoire est inhabituelle : un titre déjà numéro un au Royaume-Uni et dans plusieurs pays en 1983 devient numéro un américain cinq ans après sa première parution. Le décalage entre les deux succès donne à « Labour of Love » une seconde vie commerciale et prolonge la circulation internationale du reggae britannique de UB40.
Cette réussite transforme aussi le principe de l’album en formule durable. « Labour of Love » n’est pas resté une expérience unique dans la discographie du groupe. UB40 lui a donné au moins trois prolongements, intitulés « Labour of Love II », « Labour of Love III » et « Labour of Love IV ». Le premier volume a ainsi fourni le modèle d’une série entière : reprendre les chansons qui avaient formé le groupe, les réarranger collectivement, puis les faire entrer dans son propre parcours.
Quarante-trois ans après sa sortie britannique, le contraste demeure au cœur du disque : UB40 s’était tourné vers le passé du reggae au moment même où sa carrière prenait de l’ampleur. De ce retour aux singles de jeunesse est née une chanson capable de dominer les classements à deux époques différentes, avant que les chiffres romains ajoutés aux trois volumes suivants ne prolongent concrètement le projet commencé en septembre 1983.