Joe Perry fête aujourd’hui ses 76 ans avec, derrière lui, plus d’un demi-siècle passé au cœur d’Aerosmith. Du garage band formé avec Steven Tyler à l’hypothèse encore incertaine d’un ultime concert, le guitariste a toujours privilégié un rock brut, nourri de blues et d’affinités musicales.
La tournée est terminée, mais Joe Perry refuse encore de refermer complètement l’histoire. Après l’annonce, en 2024, de l’arrêt des tournées d’Aerosmith en raison des problèmes vocaux de Steven Tyler, le guitariste a évoqué l’année suivante la possibilité d’une dernière apparition du groupe. « We’re talking about it. I know there’s gotta be at least another Aerosmith gig », déclarait-il alors : « Nous en parlons. Je sais qu’il doit bien y avoir au moins un autre concert d’Aerosmith. » Aucun calendrier n’a cependant été communiqué et cette idée demeure, à ce stade, une hypothèse discutée plutôt qu’un rendez-vous annoncé.
Cette prudente ouverture accompagne un anniversaire : né le 10 septembre 1950 à Lawrence, dans le Massachusetts, Joe Perry a 76 ans aujourd’hui. Celui qui s’appelait à la naissance Joseph Anthony Pereira reste indissociable d’Aerosmith, dont il est à la fois le cofondateur, le guitariste principal et l’un des principaux co-compositeurs. Mais son parcours ne se résume pas à une place sur scène aux côtés de Steven Tyler. Perry a participé à la construction des chansons, traversé une rupture avec le groupe et développé plusieurs projets parallèles sans abandonner son goût pour les formations collectives.
Avant le hard rock américain, il y a d’abord eu la découverte des Beatles. Adolescent, Joe Perry se passionne pour la guitare et le rock, puis joue dans plusieurs groupes locaux, parmi lesquels Flash, Just Us et Plastic Glass. Ces premières expériences le conduisent, au début des années 1970, à former The Jam Band avec le bassiste Tom Hamilton. Le futur Aerosmith se dessine autour de ce premier noyau.
L’association avec Steven Tyler, Brad Whitford, Tom Hamilton et Joey Kramer donne ensuite naissance à Aerosmith. Perry y occupe immédiatement une fonction plus large que celle d’un instrumentiste chargé des solos. Guitariste principal, choriste et parfois chanteur lead, il devient surtout, avec Tyler, l’un des artisans d’une grande partie du répertoire. Leur binôme constitue l’axe d’écriture du groupe, entre les idées de guitare de Perry et le rôle de chanteur et co-compositeur de Tyler.
Joe Perry a résumé Aerosmith par une formule qui ramène cette immense trajectoire à son impulsion première : « We were the garage band that really made it big – the ultimate party band. » Autrement dit, le groupe de garage qui a réellement réussi, jusqu’à devenir le groupe de fête par excellence. Cette définition insiste moins sur la sophistication que sur une énergie directe. Elle correspond aussi à son jeu, fortement empreint de hard rock et de blues, qui structure le son d’Aerosmith et se prolonge dans ses travaux en dehors du groupe.
La relation entre Joe Perry et Aerosmith n’a pourtant rien d’une ligne continue. À la fin des années 1970, le guitariste quitte temporairement la formation. Cette séparation produit un repère très concret dans la discographie : Perry apparaît sur tous les albums studio d’Aerosmith à l’exception de Rock in a Hard Place, enregistré pendant son absence. Il revient au début des années 1980, retrouvant à la fois son poste de guitariste et son partenariat créatif avec Steven Tyler.
Ce départ puis ce retour donnent la mesure de sa place. Le son d’Aerosmith repose sur un groupe complet, mais Perry en est l’un des principaux architectes. Ses parties de guitare relient l’ancrage blues à la puissance hard rock, tandis que son travail de co-composition intervient sur une large part du catalogue, aussi bien pendant les années 1970 que lors des périodes de regain commercial ultérieures. Sa fonction dépasse ainsi l’image familière du guitariste placé à côté du chanteur : il participe directement à la matière des morceaux.
Cette identité n’a pas empêché Perry de chercher d’autres configurations. Son départ d’Aerosmith s’accompagne du Joe Perry Project, aventure qui lui permet de poursuivre son travail sous une autre bannière. Il publie également des albums sous son nom. Pour ces projets, il retrouve notamment le producteur Jack Douglas et fait appel à des amis musiciens, parmi lesquels les chanteurs David Johansen et Terry Reid. Le fonctionnement tient du collectif constitué par affinités, avec une place centrale accordée à la confiance entre participants.
Plus tard, Joe Perry rejoint Hollywood Vampires, groupe mené notamment par Alice Cooper et Johnny Depp. Cette nouvelle formation élargit encore son activité au-delà d’Aerosmith et du Joe Perry Project. Elle confirme surtout une constante : même lorsqu’il travaille en solo, Perry s’entoure. Son nom peut être affiché en tête d’un projet, mais sa méthode demeure liée aux échanges avec des producteurs, des chanteurs et d’autres instrumentistes.
À 76 ans, son parcours relie ainsi plusieurs échelles du rock américain : les groupes locaux de ses débuts, le noyau formé avec Tom Hamilton, l’ascension d’Aerosmith, la parenthèse du Joe Perry Project et l’expérience de Hollywood Vampires. Le fil conducteur reste la guitare, avec cette combinaison de hard rock et de blues qui lui a permis de conserver une identité reconnaissable dans chacune de ces formations.
Reste la question d’Aerosmith. L’arrêt des tournées annoncé en 2024 constitue une décision officielle ; l’éventualité d’un concert supplémentaire n’en est pas une. Dans ses interventions de 2025, Joe Perry se disait néanmoins disposé à ne « jamais dire jamais » et persuadé qu’au moins une dernière date pouvait encore avoir lieu. En ce 10 septembre 2026, aucune annonce ferme ne transforme ces paroles en projet arrêté. La porte demeure simplement entrouverte, comme Perry l’a lui-même laissée.