Robert Lamm aurait pu suivre la voie de la composition savante. À 82 ans ce 13 octobre, le chanteur, claviériste et membre fondateur de Chicago reste surtout l’homme qui a appris à faire dialoguer chansons rock et cuivres, avant d’écrire plusieurs des titres essentiels du groupe.
Avant « 25 or 6 to 4 », « Saturday in the Park » ou « Beginnings », il y eut « Purple Haze » et « Foxy Lady ». Robert Lamm ne les composait pas : il cherchait à adapter ces morceaux associés à Jimi Hendrix à une formation dont les cuivres n’étaient pas un simple ornement. Ce travail d’arrangement raconte mieux que n’importe quelle étiquette la construction progressive de Chicago. Lamm devait apprendre à écrire pour un groupe qui ne ressemblait pas tout à fait aux autres.
Né à Brooklyn, Robert William Lamm déménage avec sa mère à Chicago à l’âge de 15 ans. Son ambition première n’est pas de devenir une vedette du rock. Il étudie la composition à Roosevelt University et envisage son avenir comme celui d’un compositeur. Bien plus tard, il résumera clairement son état d’esprit au moment de rejoindre le groupe : il voulait écrire des chansons et composer.
En 1967, Robert Lamm rejoint une formation expérimentale orientée vers les cuivres, appelée à devenir Chicago. Parmi les figures fondatrices se trouvent également Lee Loughnane, James Pankow et Walt Parazaider. Leur projet repose sur une idée structurante : bâtir un groupe de rock avec des cuivres, et non ajouter ponctuellement quelques interventions de trompette ou de trombone à une instrumentation conventionnelle.
Avant que la formation possède un vaste répertoire personnel, Lamm travaille donc sur des chansons déjà connues. Il arrange des morceaux de Jimi Hendrix et des Beatles pour les adapter à cet effectif particulier. « J’ai commencé par arranger “Purple Haze” et “Foxy Lady” avec des cuivres », a-t-il expliqué. Le détail éclaire une période d’apprentissage très concrète : il faut répartir les rôles, préserver l’énergie du morceau et donner une véritable fonction musicale à la section de cuivres.
Lamm compose principalement au clavier. Lorsqu’il présente ses esquisses, les autres membres acceptent de les jouer, lui permettant d’affiner progressivement son écriture et ses arrangements. La confiance du collectif devient ainsi un outil de formation. Son bagage universitaire apporte une base, mais c’est au contact du groupe que se construit la méthode capable de donner forme au répertoire de Chicago.
Le départ pour la Californie constitue un tournant dans cette évolution. Lamm a raconté que l’écriture s’y était accélérée et que les membres s’étaient mis à composer davantage. Le groupe quitte alors la seule logique du travail de club pour entrer dans une dynamique professionnelle plus intense, avec une identité sonore déjà suffisamment affirmée pour nourrir des chansons originales.
Robert Lamm devient l’un des principaux auteurs-compositeurs de Chicago. Il écrit ou coécrit notamment « Does Anybody Really Know What Time It Is? », « Beginnings », « Questions 67 & 68 », « 25 or 6 to 4 », « Saturday in the Park » et « Dialogue ». Plusieurs de ces chansons portent aussi sa voix, mais leur cohérence tient surtout à sa façon de penser simultanément le clavier, la mélodie et l’architecture collective.
Cette série de titres permet de mesurer le chemin parcouru depuis les adaptations de Hendrix et des Beatles. Lamm n’a pas simplement transposé des habitudes d’écriture dans une formation dotée de cuivres : il a appris à composer en fonction de cette configuration. Les instruments deviennent une partie constitutive des morceaux, avec leur place propre dans les réponses, les tensions et les mouvements de l’ensemble. Les chansons de Robert Lamm et Chicago figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Son écriture ne sert pas uniquement à installer une couleur musicale. Elle peut aussi répondre directement à ce qui entoure le groupe. Après les critiques adressées à Chicago, Lamm écrit « Critics' Choice », placé en ouverture de l’album Chicago VI. Plutôt que de commenter cette réception à distance, il la transforme en chanson. Le morceau offre un exemple précis d’un auteur utilisant le répertoire du groupe comme espace de réponse.
Cette position de compositeur demeure le fil conducteur de son parcours. À la fin des années 1980, Lamm reprend une activité d’écriture personnelle, puis s’installe de nouveau à New York en 1991. Dans ses projets solo, il écrit, arrange et produit ses propres chansons. Ce travail prolonge son rôle au sein de Chicago tout en lui permettant de prendre en charge l’ensemble du processus créatif.
Son retour à New York referme aussi une boucle géographique : Brooklyn avait précédé Chicago, puis Chicago avait donné son nom et son cadre à l’aventure collective. Mais la ville est devenue bien davantage qu’une étape biographique. Elle reste attachée à un groupe dont Lamm a contribué à définir le langage dès les premiers arrangements.
Robert Lamm continue de revenir sur cette construction collective. Une interview publiée en 2026 sur le site officiel de Chicago l’a encore conduit à évoquer l’histoire et la longévité de la formation. Ce regard rétrospectif ne modifie pas le point de départ : un jeune musicien formé à la composition arrive avec l’espoir de devenir auteur, puis apprend son métier en faisant jouer ses esquisses par ses partenaires.
À 82 ans, son parcours peut ainsi se lire dans une progression très concrète. Il commence par adapter « Purple Haze » et « Foxy Lady » aux cuivres, développe avec les autres fondateurs une formule collective, puis signe des chansons comme « 25 or 6 to 4 » et « Saturday in the Park ». Entre ces deux moments, Robert Lamm a trouvé la réponse à son ambition initiale : devenir compositeur en inventant une manière d’écrire pour Chicago.
L’entretien publié par le Charleston City Paper apporte les détails les plus concrets sur la formation de Robert Lamm, ses premiers arrangements de Hendrix et des Beatles ainsi que le tournant californien. L’interview diffusée par le site officiel de Chicago prolonge ce récit par le regard récent du musicien sur l’histoire du groupe.
À lire aussi : retrouvez notre sélection consacrée aux anniversaires d’artistes Pop Rock.