Alannah Currie fête ses 69 ans ce 20 septembre. Avant de façonner les textes, les percussions et l’image des Thompson Twins, la musicienne néo-zélandaise avait rejoint les squats londoniens avec l’espoir de participer à la révolution punk. Son parcours l’a ensuite conduite de la pop internationale aux arts visuels et à l’activisme politique.
Dans la rue de Lilleshall Road, à Clapham, le futur des Thompson Twins se dessine loin des studios et des bureaux de l’industrie musicale. À la fin des années 1970, cette partie du sud de Londres abrite une scène de squats où se croisent musiciens, artistes et militants. Alannah Currie y rencontre Tom Bailey et Joe Leeway, ses voisins. En 1981, leur association va former le noyau du groupe promis à une audience internationale.
Currie arrive pourtant de loin. Née à Auckland, en Nouvelle-Zélande, elle a d’abord été formée au journalisme, pour la radio ou la presse. Mais en 1977, elle quitte son pays pour Londres, attirée par l’idée d’une révolution punk. Ce choix ne la conduit pas immédiatement vers le succès : elle enchaîne les petits emplois, notamment comme ouvrière, serveuse et ouvrière agricole, tout en s’immergeant dans la contre-culture locale.
Avant les Thompson Twins, Alannah Currie joue au sein des Unfuckables, groupe punk féministe et anarchique issu de la scène des squats. Cette première expérience correspond déjà à plusieurs constantes de son parcours : une création collective, une attention portée à la place des femmes et une volonté de ne pas séparer l’expression artistique des questions politiques.
Elle ne possède pas de formation musicale classique. Son rapport aux instruments se construit de manière intuitive, à partir d’une passion ancienne pour la musique. Elle aborde ainsi le saxophone et les percussions sans passer par un apprentissage académique. Cette méthode directe trouve naturellement sa place dans un environnement punk où l’élan créatif compte davantage que les parcours conventionnels.
Lorsqu’elle rejoint les Thompson Twins en 1981, le groupe est encore un collectif qui peut réunir jusqu’à sept membres. Sa transformation en trio, autour de Currie, Tom Bailey et Joe Leeway, rend bientôt les trois silhouettes immédiatement identifiables. Le passage de la communauté des squats à une formation pop resserrée ne gomme cependant pas le rôle singulier de Currie : elle ne se contente ni d’accompagner les morceaux ni d’occuper une place décorative dans l’image du groupe.
Au sein des Thompson Twins, Alannah Currie intervient sur plusieurs fronts. Elle coécrit les chansons, assure la majorité des textes, chante les chœurs et joue notamment du marimba, du xylophone et de la batterie. Elle conçoit également l’esthétique visuelle du groupe, de sa présence scénique à ses images médiatiques. Les mots, les sons et l’apparence relèvent ainsi d’un même travail de construction.
Cette polyvalence aide à comprendre la singularité du trio au moment où il quitte l’underground pour rejoindre la pop mondiale. « Les Thompson Twins voulaient faire de la musique pour le monde entier », déclarait Currie dans une interview de 1984. La formule résume clairement l’ambition du groupe : préserver une identité forte tout en s’adressant à un public beaucoup plus large que celui des squats londoniens.
Son travail d’écriture dépasse aussi le cadre des Thompson Twins. Elle est créditée comme parolière de I Want That Man, chanson interprétée par Debbie Harry. Currie évolue par ailleurs dans un réseau artistique comprenant notamment Nile Rodgers, Grace Jones, Alex Sadkin et Madonna. Les Thompson Twins, dont les titres sont diffusés sur RADIO COLLECTION, restent néanmoins le cœur de son histoire musicale pendant environ quinze ans.
Cette période continue d’être réexaminée à travers des entretiens et des rééditions consacrés au catalogue du groupe. Elle rappelle surtout que l’apport de Currie ne se résume pas à sa présence dans un trio emblématique des années 1980 : son écriture, son jeu de percussionniste et sa direction visuelle participaient conjointement à l’identité des Thompson Twins.
En 1996, Alannah Currie met fin à sa carrière musicale. Elle part vivre avec ses deux enfants dans le bush néo-zélandais, à la recherche de formes de travail plus silencieuses et plus retirées. Le changement est radical, mais il ne constitue pas un abandon de la création. Les chansons et les images pop laissent progressivement place au moulage du verre, à la soudure du métal et à des œuvres chargées de contenu politique.
Son engagement prend également une forme collective. En Nouvelle-Zélande, elle cofonde Mothers Against Genetic Engineering in Food and the Environment, connu sous l’acronyme MADGE. Ce groupe de pression mobilise des milliers de membres contre le génie génétique appliqué à l’alimentation. Cette action est liée à une épreuve personnelle, la mort de sa sœur des suites de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, qu’il convient de replacer sobrement au cœur de ce tournant militant.
Installée à Londres, Currie poursuit aujourd’hui une pratique d’artiste et d’activiste sous le nom de Miss Pokeno et au sein du collectif Sisters of Perpetual Resistance. Ses créations associent verre, métal et « taxidermie émotionnelle », avec la volonté de trouver de nouvelles manières de réunir art et politique. Le support a changé, pas cette manière de faire dialoguer une forme immédiatement visible avec un propos plus frontal.
À 69 ans, Alannah Currie offre ainsi un portrait bien plus vaste que celui d’une ancienne vedette pop. La jeune journaliste partie d’Auckland, la musicienne des squats de Clapham, la parolière et visualiste des Thompson Twins puis l’artiste engagée appartiennent à une même trajectoire. Des percussions aux sculptures de verre et de métal, elle a simplement déplacé son atelier sans renoncer à faire de la création un geste collectif et politique.
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